Une station de métro parisienne existe depuis un siècle sans jamais avoir ouvert ses portes. Elle n’est ni fermée ni abandonnée après usage. Elle n’a simplement jamais accueilli personne. Son histoire mêle projet ambitieux et calcul économique. Elle éclaire un pan méconnu du métro parisien.

Une navette souterraine imaginée dans les années 1920 pour relier deux lignes du métro parisien
Dans les années 1920, la Compagnie du chemin de fer métropolitain veut relier deux lignes du réseau parisien. L’idée : construire une navette souterraine entre la ligne 3 bis, via Porte des Lilas, et la ligne 7 bis, via Place des Fêtes. Un tunnel de raccordement doit donc unir les deux tracés.
Pour accueillir des passagers sur ce trajet, il faut une station intermédiaire. Elle prend forme sous le boulevard Sérurier, dans le 19ᵉ arrondissement. Elle porte le nom d’Haxo. Le quai est construit. Le tunnel aussi. La structure semble ainsi prête à fonctionner dès son achèvement.
Mais la Compagnie révise ses calculs. Le coût des travaux paraît trop élevé face à la faible fréquentation attendue sur ce tronçon. Résultat : la navette est abandonnée avant même sa mise en service. Dès 1921, la station reste donc figée, sans avoir jamais fonctionné.
Un quai unique parmi les stations fantômes, sans le moindre accès depuis la surface
Plusieurs stations fantômes existent sous Paris. La plupart ont pourtant connu une vie avant leur fermeture. Haxo, elle, appartient à une catégorie différente : aucun voyageur n’y a jamais posé le pied, depuis sa construction jusqu’à aujourd’hui.
Son seul quai reste coincé sous le boulevard Sérurier. Il n’a le moindre accès vers la rue. Pas d’escalier, pas de bouche de métro : personne n’a jamais construit d’entrée en surface. Impossible donc d’y descendre depuis l’extérieur, faute de chemin.
Garage nocturne, terrain des grapheurs et plateau de cinéma : la vie discrète de ce vestige
Ce lieu inachevé n’est pourtant pas resté inutile. Sa voie de raccordement sert aujourd’hui de garage nocturne. Les rames du métro y stationnent en dehors des heures de circulation. Une utilité concrète, bien loin de l’usage prévu à l’origine.
Le reste du temps, le quai devient un terrain de jeu pour les grapheurs. Ils couvrent ses murs à l’abri des regards. Aucun voyageur ne vient jamais troubler leurs œuvres, dans ce décor figé depuis un siècle.
Une anecdote a d’ailleurs renforcé sa réputation. Dans les années 1980, Haxo sert de plateau de tournage pour un film d’horreur. Un décor idéal pour une intrigue glaçante, tourné dans un lieu que personne n’a jamais habité.
Haxo, une pièce à part dans la galerie des stations fantômes qui dorment sous Paris
Le sous-sol parisien abrite d’autres stations endormies. Chacune a sa propre histoire. Certaines ont fermé après des années de service, d’autres n’ont jamais été pleinement exploitées. Ensemble, elles composent un réseau fantôme parallèle à celui emprunté chaque jour.
Haxo garde toutefois une place à part. Les autres ont au moins connu le passage de voyageurs, elle non. Son nom rend d’ailleurs hommage au général François-Nicolas-Benoît Haxo, surnommé le Vauban du 19ᵉ siècle pour ses fortifications militaires.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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