Dans une récente étude, une équipe de chercheurs démontre un lien entre la fumée de cigarette électronique et le développement de cellules cancéreuses chez les souris. Les résultats sont particulièrement intéressants à la lumière des vagues de morts et d’hospitalisations aux Etats-Unis, dues à la cigarette électrique, et du peu de contenu scientifique à ce jour attestant de ses effets sur l’Homme.

Les inquiétudes autour de la cigarette électronique grandissent

Présentée il y a quelques années comme la solution miracle au tabagisme, promue comme la « nouvelle cigarette sans ses méfaits », la cigarette électronique est rattrapée depuis quelques mois par l’actualité. D’abord, après près de 1080 blessés et au moins 18 morts aux Etats-Unis cet été, la cigarette électronique a été interdite dans plusieurs Etats, et la FDA (Food and Drug Administration) a rappelé à l’ordre la marque JUUL.

De même, après une longue période sans réelles données sur les conséquences de la consommation de la e-cigarette par l’Homme, des études commencent à en présenter les risques et préconiser, avant tout, de se passer totalement de fumer. Le marché pourtant est en croissance, et toutes les conséquences n’étant pas encore connues, rien ne semble indiquer qu’il est près de faiblir : dans les mentalités, la cigarette électronique est seulement « moins mauvaise » que la cigarette traditionnelle, et commence à peine à être considérée comme un danger.

Publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences le 7 octobre, une nouvelle étude menée par Moon-Shang Tang, professeur et chercheur à la New York University, montre les effets d’une exposition prolongée (54 semaines) de souris à la fumée de cigarette électronique ou à ses composants. Cette étude voulait déterminer les conséquences sur les organismes de la nicotine et des produits utilisés dans la e-cigarette.

En 2018, une étude déjà menée par le professeur Tang, avait prouvé que la cigarette électronique endommageait l’ADN des poumons et la vessie de souris, et que la nicotine pouvait devenir un agent actif dans les mutations de l’ADN, ayant le potentiel de transformer des cellules normales en cellules cancéreuses. 

— vchal / Shutterstock.com

Selon les résultats, la nicotine est responsable du cancer du poumon chez les souris

Le dispositif de l’étude était simple. Trois groupes de souris formés aléatoirement sont séparés : pendant 54 semaines, un groupe est exposé vingt heures par semaine à de la fumée d’e-cigarette ; le deuxième à de la fumée sans nicotine (donc le liquide « véhicule », composé de glycine végétale et de propylène glycol) ; le troisième à aucune fumée, mais seulement de l’air de laboratoire filtré.

Après 54 semaines et 20 heures d’exposition hebdomadaires à la fumée d’e-cigarette, 22 % des souris (9 sur les 40 observables à la fin de l’étude) avaient développé des tumeurs cancéreuses dans leurs poumons, et 57,5 % (23 sur 40) avaient développé des excroissances dans leur vessie, ce qui peut être considéré comme signe précurseur de cancer. Le groupe exposé à la fumée sans nicotine n’a lui pas développé de tumeurs pulmonaires, et seulement une souris présentait des grosseurs suspectes dans la vessie.

Une seule des 17 souris ayant uniquement respiré de l’air filtré avait un cancer des poumons, et aucune n’avait de grosseur dans la vessie (Tang explique que ce n’est pas une surprise de trouver une tumeur cancéreuse dans ce groupe, sachant que les souris ont des taux de cancer du poumon élevés). Les constats étaient assez clairs pour permettre aux chercheurs de conclure que le liquide avec de la nicotine était bien responsable d’un risque élevé de cancer : les souris qui en ont inhalé avaient huit fois plus de chance d’en développer que celles qui n’étaient pas exposées à la nicotine.

Qu’en déduire pour la consommation humaine ?

« Nous ne sommes pas en mesure d’avancer avec certitude que les cigarettes électroniques causent le cancer chez l’Homme, mais les mécanismes en jeu sont très clairs : les carcinogènes [c’est-à-dire les facteurs de cancer] qui produisent le cancer chez l’Homme sont les mêmes qui sont produits ici », explique Tang. « Nous pouvons extrapoler que, avec les cigarettes électroniques, vous pourrez endommager votre matériel génétique et vos cellules — et cela s’aggravera à mesure que vous fumez. » Les conclusions de l’étude ne sont pas catégoriques sur les conséquences sur les humains, car le panel d’étude était réduit (40 souris au début pour chaque groupe), et des études n’ont pas encore été faites sur l’Homme, ou de manière trop incomplète. Cependant, l’équipe de recherche préconise une étude complète des effets sur l’organisme avant toute commercialisation à grande échelle, à l’heure où 3,2 millions d’adolescents américains fument l’e-cigarette quotidiennement.

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Pinla
Invité
Pinla

Bon, ben je vais me remettre à ma bonne vieille clope. Au moins la je serai certain des risques.

Fletx
Invité
Fletx

Reprendre une étude scientifique sans analyser ni comprendre son contenu s’appelle de la désinformation. Premier point: cette étude semblerait (au conditionnel en raison du faible nombre de sujets testés) démontrer que le facteur déclencheur du cancer serait la nicotine dans le e-liquide et non pas le e-liquide lui-même. C’est vraiment… Lire la suite »