Publié ce mardi 29 septembre pour Marianne, le sondage de l’Ifop effectué auprès de 2 000 Françaises et Français a provoqué un véritable tollé sur la toile. Ce panel était interrogé sur ce qu’ils considéraient être une “tenue correcte” pour des lycéennes. 

Une “tenue correcte” pour les lycéennes

Tout a démarré le 12 septembre lorsqu’une étudiante a partagé une publication sur le harcèlement scolaire qu’elle a subi lorsqu’elle était au collège avec à l’appui le hashtag #BalanceTonBahut. Puis, deux jours plus tard, le hashtag #lundi14septembre, revendiquant le droit des jeunes filles de s’habiller comme bon leur semble sans risquer d’être victimes d’actes sexistes, de harcèlement ou d’agressions sexuelles, a été lancé. Ce mouvement a fortement été soutenu par Marlène Schiappa, ministre déléguée à la Citoyenneté. 

Alors que la polémique ne cesse de gonfler sur la toile depuis la déclaration du ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, au sujet de la “tenue républicaine”, l’Institut de sondage Ifop a publié ce mardi 29 septembre une enquête réalisée pour l’hebdomadaire Marianne auprès de 2 000 Françaises et Français en leur posant les questions suivantes : “Qu’est-ce qu’une tenue correcte au lycée ?” ; “Souhaitez-vous que les lycées publics autorisent ou interdisent aux filles le port des vêtements suivants dans l’enceinte de leur établissement ?”

— Irishasel / Shutterstock.com

Les personnes interrogées devaient alors donner leur avis sur quatre tenues différents : le “no bra” décrit comme un “haut sans soutien-gorge au travers duquel la pointe de ses tétons est visible”, un “haut avec décolleté plongeant”, le “crop-top”, “un tee-shirt laissant apparaître le nombril” et un “haut laissant apparaître les bretelles du soutien-gorge”. Chacun de ces exemples était accompagné de dessins illustrant une lycéenne à la poitrine découverte et généreuse. Pour chacun d’entre eux, plus de la moitié du panel souhaite interdire ces tenues. 

Par ailleurs, l’Ifop a posé une question sur le “dévoilement des jambes des lycéennes” en proposant quatre nouvelles tenues : la mini-jupe, le jean troué, la robe moulante et enfin le mini-short. Selon les résultats, 56 % des sondés souhaitent l’interdiction du port du mini-short et 49 % pour celui de la mini-jupe.

L’indignation des internautes…

Très rapidement, ce sondage a provoqué une déferlante d’indignations sur les réseaux sociaux tant sur les questions posées que sur les dessins choisis pour illustrer les tenues vestimentaires portées par les lycéennes. Nombreux sont ceux à avoir dénoncé ce sondage “ignoble” et “sexiste”.

Rebecca Amsellem, économiste, s’est également exprimée à ce sujet : “Donc on est en 2020 et cela semble tout à fait normal pour un institut de sondage de créer un débat autour de ce que doivent porter les filles. Hâte de connaître le % de Français qui pensent que c’est OK pour les garçons de dévoiler leurs genoux.”

… mais aussi de la classe politique

En dehors des internautes, la classe politique s’est également soulevée contre ce sondage. Jean-Luc Mélenchon a par exemple dénoncé des “sondages propagande pour la dictature des puritains. Un effet miroir contre la liberté des femmes.” “Un sondage affligeant de bêtise et de sexisme accompagné de dessins réduisant les jeunes filles à leurs seins et leur jupe et réduisant les jeunes hommes au voyeurisme”, s’est à son tour exprimée Ségolène Royal

Mounir Mahjoubi, ancien secrétaire d’État chargé du Numérique, s’est lui indigné contre “le piège de l’hypersexualisation et la réification du corps des femmes. “100 % des femmes souhaitent qu’on leur fiche la paix”, a affirmé Yaël Braun-Pivet, députée de la majorité présidentielle et présidente de la Commission des lois de l’Assemblée nationale. 

L’Ifop se justifie

Face à la polémique, l’Ifop a immédiatement réagi et s’est justifié dans un communiqué publié sur Twitter. “L’Ifop mesurant depuis plusieurs décennies le soutien des Français aux mouvements sociaux qui agitent le pays, réaliser un sondage sur le thème de ‘la tenue des lycéennes’ nous est apparu à la fois pertinent, car correspondant au cœur des revendications du mouvement, et conforme aux termes du débat public en cours.”

L’Ifop s’est également justifié au sujet des dessins utilisés : “Nous avons utilisé des pictogrammes par défaut, qui figuraient déjà dans d’autres études relatives au rapport des Français au dévoilement des corps. Ces sondages menés de front par le pôle ‘genre, sexualité et santé sexuelle’ de l’Ifop, mesurent depuis de nombreuses années la pression sexuelle vécue par les femmes dans notre société et la difficulté à faire évoluer les consciences à ce propos.”

Voici le communiqué complet : 

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