Accusés à tort de propager une maladie mortelle, des centaines de singes sont massacrés au Brésil

Reparue dans les terres brésiliennes depuis un an, la fièvre jaune suscite de vives inquiétudes chez les populations locales. Le spectre du vómito negro (surnom de cette maladie) est tel que certains habitants ont jugé bon de battre à mort et d’empoisonner des centaines de singes, persuadés qu’ils étaient les vecteurs de la maladie. À tort : ils sont leur meilleur rempart contre ce fléau.

 

Un an de psychose

Le 13 janvier 2017, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publiait un bulletin d’informations sur un possible retour de la fièvre jaune dans l’État du Minas Gerais, plusieurs cas suspects ayant déjà interpelé les autorités brésiliennes. Un an plus tard, la fièvre jaune s’est frayée un chemin jusqu’aux États de Rio de Janeiro et de São Paulo – placé le 16 janvier 2018 en zone à risques par l’OMS.

Redoutée pour ses symptômes passe-partout (fièvre, vomissements, nausées…) et sa grande virulence – un taux de mortalité autour des 50% selon l’OMS – la fièvre jaune a ravivé les peurs les plus viscérales des Brésiliens, quitte à leur ôter tout discernement… Un grand nombre d’entre eux se sont mis en tête que les singes étaient de potentiels vecteurs de maladie, et que le seul moyen d’y mettre un terme était de les éradiquer : faux.

Des singes doublement victimes 

À l’image du paludisme, de Zika, de la dengue ou du chikungunya, le virus de la fièvre jaune est véhiculé par des moustiques infectés, pas des singes. Imprégnés de croyances populaires et victimes du manque d’informations sur la maladie, les habitants se font justice eux-mêmes en empoisonnant et en battant à mort plusieurs centaines de singes hurleurs, de ouistitis, et même de tamarins lions dorés – une espèce menacée d’extinction.

Innocentes victimes de cette épidémie, les singes constituent aussi un excellent rempart contre la transmission à l’homme, comme l’explique au journal Le Monde Guilherme Marrara, directeur du Parc écologique municipal de Sao Carlos : « Les gens à la campagne pensent que le mal vient des singes […] C’est absurde. Les singes sont au contraire une protection pour l’homme. Le moustique, vecteur de la maladie, préfère le sang des singes. En leur absence, l’insecte finit par s’attaquer à l’homme. » Pas moins de 1500 primates auraient ainsi succombé au vómito negro et aux agressions humaines…

La riposte du gouvernement 

Les peines encourues pour le massacre d’animaux sauvages – entre 6 mois et 1 an d’incarcération – n’ont pas dissuadé les apprentis braconniers d’exécuter froidement ces êtres sans défense, qui participent activement au maintien précaire de l’écosystème. Conscient de l’impact écologique désastreux de ces vendettas sur la forêt brésilienne, le ministère de l’Environnement brésilien a rappelé via son compte twitter que les singes demeuraient eux aussi des victimes du virus.

« ATTENTION ! Les singes ne sont PAS responsables de la transmission de la fièvre jaune. La maladie est transmise par le moustique. Les singes servent de guides pour le développement d’actions de prévention. Le singe n’est pas responsable. »

En parallèle de cette reprise en main de sa communication, le gouvernement brésilien a décidé d’une gigantesque campagne de vaccination : 20 millions de Brésiliens devraient être complètement immunisés contre la fièvre jaune d’ici mi-février. Une décision de santé publique qui tombe à pic, à quelques heures seulement du début des festivités du Carnaval de Rio.

« São Paulo fait une campagne de vaccination contre la fièvre jaune. La capitale et 53 municipalités ont participé à l’effort conjoint; à Rio de Janeiro, le nombre de décès est passé à 18. »


A ceux qui osent, rien n’est impossible.

— Matthew Gregory Lewis