Canonisée puis reconnue comme docteur de l’Église en 2012, Sainte Hildegarde continue aujourd’hui d’étonner par son importante contribution à la recherche théologique mais aussi aux savoirs scientifiques ou encore à l’art musical religieux.

Une éducation religieuse rigoureuse

Issue d’une famille noble, Hildegarde de Bingen est née aux alentours de 1098 à Bermersheim (Rhénanie). 

Dès l’âge de 8 ans, ses parents confient la jeune Hildegarde au couvent des Bénédictines de Disibodenberg. Sous l’œil de Jutta de Sponheim – une amie de sa famille – l’enfant y suit une éducation religieuse rigoureuse.

A l’âge de 14/15 ans, Hildegarde prononce ses vœux spirituels pour revêtir le voile monastique. Lorsque sa tutrice Jutta de Sponheim décède, c’est alors Hildegarde qui est élue par les sœurs du monastère comme abbesse.

Hildegarde recevant l’inspiration divine, manuscrit médiéval

Des visions de plus en plus importantes

La précoce vocation religieuse d’Hildegarde peut s’expliquer par les nombreuses visions qui se manifestent à elle depuis ses 3 ans. Cependant, ce n’est précisément qu’à l’âge de 42 ans et 7 mois que Dieu lui aurait donné l’ordre de rendre ses visions publiques. 

Après une lutte intérieure, Hildegarde parvient, en dictant au moine Volmar, à publier son premier ouvrage : le Scivias autrement dit Connais les voies. Dans ce dernier, Hildegarde retrace l’ensemble de l’histoire sainte, depuis les origines du monde jusqu’à son salut par la Rédemption. Le style est si novateur et audacieux pour l’époque qu’il inspire plus tard Dante Alighieri, auteur de La Divine Comédie.

Cette lutte intérieure implique également de nombreux doutes, de nombreuses hésitations. En 1148, Hildegarde reçoit même l’approbation du pape Eugène III : “Ecrivez donc ce que Dieu vous inspire.”

Aujourd’hui, la plupart des écrits d’Hildegarde sont réunis dans le Riesencodex.

Miniature de la Première partie I ; Troisième vision : Dieu, le Cosmos et l’Humanité

L’indépendance par le couvent 

Le couvent de Disibodenberg rayonne mais toujours sous l’autorité du monastère bénédictin masculin auquel il se rattache. Celle-ci souhaite fonder sa propre abbaye et c’est non sans difficulté qu’elle y parvient. 

Le père abbé s’y oppose dans un premier temps avant de lui laisser sa propre indépendance. Ainsi, elle fonde en 1147 l’abbaye de Rupertsberg. Plus tard, en 1165, elle fonde un second monastère à Eibingen.

Une humaniste accomplie 

Le traducteur philosophe Jean-Noël Vuarnet dans Extases féminines voit en Hildegarde une figure “mystique, militante et presque féministe” dont la croyance et la volonté la poussent à “dépasser la condition d’Eve”.

Bien que la figure d’Hildegarde de Bingen soit surtout connue sous le prisme de son implication religieuse, elle est également une humaniste curieuse des autres savoirs du monde. En ce sens, elle est souvent désignée comme la première naturaliste d’Allemagne. Physica ou De la nature traite ainsi d’une description d’à peu près 300 plantes, 61 sortes d’oiseaux et 41 mammifères.

Hildegarde s’intéresse par ailleurs à la médecine et notamment à la théorie des humeurs, montrant alors l’étendue de ses connaissances antiques (Hippocrate, Gallien). Ses contemporains la considèrent comme l’une des meilleures guérisseuses.

Hildegarde ne délaisse pas non plus l’art puisqu’elle compose plus de soixante dix chants religieux. Elle compose aussi un drame liturgique, Ordo Virtutum : un Jeu des vertus dont les 82 mélodies retranscrivent les déchirements de l’âme entre le démon et les vertus.

Sculpture d’Hildegarde de Bingen à Eibingen ― © Gerda Arendt / Wikimedia Commons

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