— Matthias Kern / Shutterstock.com

Une redécouverte heureuse. Minuscule mammifère insectivore que l’on pensait disparu depuis près de cinquante ans, le sengi de Somalie a été de nouveau observé en Afrique de l’Est par les scientifiques, suite à la pose de pièges photographiques.

Une espèce qui n’avait plus été observée depuis 1973

Contrairement à ce que leur apparence pourrait laisser penser, les sengis constituent un groupe de petits mammifères se révélant plus proches des éléphants, lamantins et autres oryctéropes que des souris. Également appelés musaraignes-éléphants, ceux-ci sont dotés d’un long nez en forme de trompe qu’ils utilisent pour chasser les insectes et peuvent courir jusqu’à 30 km/h pour attraper leurs proies. Mais alors que la plupart de ces espèces sont communes, le sengi de Somalie n’avait plus été aperçu par les scientifiques depuis 1973, et était surtout connu au travers d’une poignée de spécimens de musée.

Un caractère insaisissable lui ayant valu une place sur la liste des 25 espèces les plus recherchées par la Global Wildlife Conservation (GWC), c’est-à-dire les animaux, insectes et plantes dont la science a perdu la trace. Afin de déterminer si ces espèces existent toujours à l’état sauvage et, le cas échéant, définir le type de protection dont elles pourraient avoir besoin, l’organisation planifie régulièrement des expéditions. Décrite dans la revue PeerJ, l’une des dernières en date a permis de redécouvrir la fameuse musaraigne-éléphant de Somalie.

Suite à de nombreux témoignages locaux faisant état d’une population bien établie de sengis de Somalie dans les régions rocheuses et arides de Djibouti, une équipe de chercheurs s’est rendue dans ce pays d’Afrique de l’Est en 2019 et a installé 1 259 pièges photographiques garnis de nourriture sucrée. À leur grande surprise, le tout premier piège posé a capturé un cliché d’un sengi de Somalie, espèce se distinguant par la présence d’une touffe de fourrure caractéristique au bout de la queue.

« C’était incroyable », estime Steven Heritage, auteur principal de l’étude. « Quand nous avons ouvert le premier piège et que nous avons vu la petite touffe de poils au bout de sa queue, nous nous sommes regardés et nous n’avons pas pu y croire. Un certain nombre d’études sur les petits mammifères menées depuis les années 1970 n’avaient pas permis d’identifier le sengi de Somalie à Djibouti – c’est un heureux hasard que cette redécouverte soit intervenue si rapidement. »

12 spécimens différents identifiés par les scientifiques

Au total, les chercheurs ont pu observer 12 spécimens différents de sengis de Somalie au travers de photos et vidéos capturées par leurs dispositifs. À l’issue de l’expédition, ceux-ci ont procédé à une évaluation de la situation de l’espèce et conclu qu’elle ne semblait pas particulièrement menacée, et était susceptible d’être répandue à travers Djibouti, la Somalie, voire l’Éthiopie. Par conséquent, l’équipe recommande que l’espèce soit classée dans la catégorie « préoccupation mineure » de la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

« Habituellement, lorsque nous redécouvrons des espèces perdues, nous ne trouvons qu’un ou deux individus et nous devons agir rapidement pour tenter d’empêcher leur extinction imminente », explique Robin Moore, du GWC. « C’est une redécouverte merveilleuse et bienvenue en cette période de bouleversements pour notre planète, et qui nous remplit d’un espoir renouvelé pour les espèces de petits mammifères restantes sur notre liste des espèces les plus recherchées, comme la taupe dorée de De Winton, un parent du sengi, et le cloudrunner de l’île d’Ilin. »

La redécouverte du sengi de Somalie porte à cinq (sur 25) le nombre d’espèces les plus recherchées ayant été retrouvées. À savoir : l’abeille géante de Wallace en Indonésie, le chevrotain à dos argenté au Vietnam, la salamandre grimpante de Jackson au Guatemala, et la sarracénie de velours, également en Indonésie.

Les chercheurs prévoient une nouvelle expédition en Afrique de l’Est courant 2022, visant à obtenir une estimation plus précise des populations de sengis de Somalie ainsi qu’un meilleur aperçu du mode de vie de l’espèce.

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