Alors que le gaspillage alimentaire est de plus en plus intensif, des producteurs de lait du Massachusetts ont trouvé une nouvelle méthode très efficace pour contrer ce fléau. En effet, afin de recycler ces déchets, ces agriculteurs les réutilisent pour fabriquer de l’électricité.

LIMITER LE GASPILLAGE EN PRODUISANT DE L’ÉLECTRICITÉ AVEC LES DÉCHETS ALIMENTAIRES

Que ce soit chez soi, dans les cantines ou dans les restaurants, nous gaspillons énormément de nourriture, surtout en cette période de fêtes qui arrive à grands pas. D’après le US Department of Agriculture, récolter la nourriture non consommée durant une année aux Etats-Unis suffirait à remplir plus de 40 fois un gratte-ciel de Chicago.

Une fois jetés, ces aliments pourrissent en masse dans des décharges spécialisées. Néanmoins, ils émettent d’importantes quantités de méthane, gaz à effet de serre qui contribue aux changements climatiques. Environ 10 % des émissions de gaz à effet de serre produites par l’homme sont liées au gaspillage alimentaire, explique d’ailleurs un rapport des Nations unies réalisé par un groupe d’experts sur le climat.

L’entreprise de distribution alimentaire de produits biologiques, Whole Foods, offre une grande quantité de surplus alimentaire aux banques alimentaires. Néanmoins, cette belle initiative ne suffit pas à éliminer tous les déchets. Ceux-ci proviennent majoritairement de plats préparés. Épluchures d’oignons, de carottes, restes de viande… voici certains exemples de déchets alimentaires parmi les plus gaspillés.

Face à une telle situation, des producteurs de lait du Massachusetts ont trouvé une solution très prometteuse. En effet, ils réutilisent les déchets alimentaires afin de produire de l’électricité. Les déchets sont ensuite acheminés dans des digesteurs anaérobies qui capturent les émissions de méthane et qui produisent des énergies renouvelables. Ces cuves sont construites par Vanguard Renewables, ferme organique qui veille à réduire les gaspillages alimentaires.

— Berna Namoglu / Shutterstock.com

QUELLE MÉTHODE EST UTILISÉE ?

Transformer des déchets alimentaires en électricité est un long et complexe processus. Pour commencer, les producteurs récoltent les restes gaspillés à travers le Massachusetts, ainsi que sur des sites de Whole Foods. Les aliments sont ensuite versés dans des broyeurs. « Nous mettons de tout, des os, du poisson entier, des légumes aux produits secs, comme le riz ou les céréales », explique Karen Fraczyk, directrice du programme pour la région de l’Atlantique Nord de Whole Foods. Une fois broyés, ces aliments deviennent « une sorte de gaspillage d’aliments liquéfiés », ajoute-t-elle.

Après cela, les déchets sont transférés dans des camions qui les conduisent jusqu’aux digesteurs anaérobies. « C’est évident, c’est mieux que de les jeter à la poubelle. La chaîne s’est engagée à recycler le plus de déchets possible et vise le zéro déchet. En plus des dons alimentaires, il existe les composts Whole Foods. Ce système de valorisation énergétique des déchets est un nouveau moyen d’atteindre nos objectifs », a également expliqué la directrice du programme.

Peter Melnik, producteur de lait et propriétaire de Bar-Way Farm, à Deerfield, dans le Massachusetts, possède également un digesteur anaérobie, construit à proximité de son étable. « Actuellement, nous récoltons environ 100 tonnes de déchets par jour, ce qui représente environ trois charges de semi-remorque », a-t-il expliqué. En plus de déchets alimentaires récoltés par Whole Foods, le producteur réutilise le lactosérum, une partie du liquide issu de la coagulation du lait, dans une usine de fabrication de crème de la région, ainsi que des déchets d’une brasserie locale et d’une usine productrice de jus. Dans ce digesteur, il ajoute aux déchets alimentaires le fumier de ses vaches. Il cuit ensuite le mélange à plus de 100 degrés. Une fois libéré, le méthane s’évapore au sommet d’un réservoir fermé à l’aide d’un dôme. « Nous capturons le gaz dans cette bulle. Ensuite, nous l’isolons dans un grand moteur. Contrairement aux autres moteurs fonctionnant au diesel ou à l’essence, ce moteur fonctionne au méthane. Cela fait tourner un grand groupe électrogène, ce qui crée 1 mégawatt d’électricité en continu. Nous n’utilisons que 10 % environ de ce que nous fabriquons et le reste est alimenté par le réseau électrique », explique Peter Melnik. Tout ce dispositif peut alimenter jusqu’à 1 500 foyers.

— PBSO News Hour / YouTube

UN NOUVEAU MOYEN DE RÉMUNÉRATION POUR LES PRODUCTEURS

« Les temps étant durs pour les producteurs laitiers, ce dispositif nous procure un nouveau moyen de revenus. Le digesteur a été un coût de circuit pour nous. Cela nous a rendu plus durable sur le plan environnemental et économique », explique également Peter Melnik.

Par ailleurs, Vanguard Renewables lui paie les frais de location afin qu’il puisse avoir un digesteur dans sa ferme. Les liquides qui lui restent peuvent également lui servir d’engrais pour ses cultures. Recycler les déchets alimentaires pour en faire de l’électricité est donc bénéfique financièrement pour les agriculteurs de la région.

— PBSO News Hour / YouTube

PROMOUVOIR LA VALORISATION ÉNERGÉTIQUE DES DÉCHETS

A l’avenir, Vanguard Renewables souhaite étendre ses activités au-delà du Massachusetts. « Il y a plus qu’assez de déchets alimentaires dans le Massachusetts pour alimenter nos cinq digesteurs, et bien d’autres. Le recyclage des déchets alimentaires par digestion anaérobie pourrait se faire dans toutes les régions du pays », explique le PDG John Hanselman. Il ajoute également que des milliers de digesteurs sont déjà en service en Europe, ce qui pourrait motiver les spécialistes à en installer davantage dans ces régions. L’entreprise est d’ailleurs actuellement en train de construire un nouveau digesteur dans une ferme du Vermont. Le gaz produit est acheminé vers Middlebury College, qui pourra ainsi réduire son empreinte carbone.

Ainsi, de plus en plus d’entreprises, travaillant dans le domaine de l’alimentaire, participent à la valorisation énergétique des déchets. Une initiative motivée par une loi du Massachusetts qui interdit aux entreprises et institutions qui produisent au moins une tonne de déchets par semaine de gaspiller les restes organiques commerciaux, dont les aliments.

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Denis GuérinSamuelMoysan Auteurs de commentaires récents
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Moysan
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Moysan

Nous avons en France une entreprise qui le fait. Elle s’appelle Bionerval :
http://www.bionerval.fr

Samuel
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Samuel

L’APESA aide les agriculteurs et industriels français,de plus en plus nombreux dans ce secteur à développer la méthanisation mais cette technique n’est pas nouvelle car elle y tiens un rôle d’expert depuis près de 20 ans…