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Responsable de la disparition de nombreux dinosaures, l’altération de la vie végétale entraînée par une intense activité volcanique terrestre a fourni les conditions nécessaires à l’apparition et à la domination des sauropodes géants.

Des éruptions à l’origine d’une forte augmentation des niveaux de dioxyde de carbone

Plus grandes créatures à avoir arpenté la Terre, les sauropodes pouvaient atteindre une hauteur de 12 mètres et étaient caractérisés par un cou particulièrement long. Mais la façon dont ces dinosaures sont parvenus à atteindre une telle taille, surpassant tous les autres herbivores, a toujours été largement débattue par les paléontologues. Publiée dans la revue Proceedings of the Royal Society B, cette nouvelle étude suggère que l’expansion de l’aire de répartition et l’augmentation de la taille des sauropodes coïncident avec une importante extinction intervenue durant le Jurassique précoce.

En l’espace de 500 millions d’années, la Terre a connu cinq extinctions majeures, au cours desquelles plus de la moitié des créatures vivantes ont disparu en un clin d’œil géologique. Entre ces évènements majeurs, différents épisodes d’extinction mineurs sont intervenus, parmi lesquels l’événement anoxique océanique du Toarcien, caractérisé par une série d’éruptions volcaniques ayant entraîné un important réchauffement climatique il y a environ 182 millions d’années.

Tout comme l’activité humaine aujourd’hui, les éruptions du Jurassique précoce ont généré une forte augmentation des niveaux de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, rendant les océans plus acides et provoquant ainsi une extinction massive de la vie aquatique. Bien que les plantes aient la réputation d’être des puits de carbone, à cette époque, les écosystèmes terrestres étaient dominés par les fougères, les cycades et les ginkgo, qui supportaient difficilement les climats arides et chauds. Ces derniers se révélaient toutefois propices aux conifères, qui ont alors prospéré.

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L’émergence d’un géant

Cependant, seuls les animaux assez grands pour atteindre les conifères et dont l’estomac est assez solide pour digérer les feuilles épineuses pouvaient accéder à cette source de nourriture. L’une de ces créatures était vraisemblablement Bagualia alba, un herbivore massif de cinq tonnes, et le premier eusauropode (ou « vrai sauropode ») découvert à ce jour.

Décrits pour la première fois par des paléontologues du Musée de paléontologie Egidio Feruglio, les fossiles de B. alba (incluant un crâne partiel de l’ancien géant) ont été mis au jour dans le bassin sédimentaire du Cañadón Asfalto, en Argentine. Ceux-ci suggèrent que B. alba présentait des caractéristiques similaires à celles de sauropodes célèbres comme le diplodocus et le brontosaure : de grandes pattes, un cou extrêmement long par rapport au corps, des dents épaisses et arrondies ainsi que des mâchoires larges et puissantes.

Au Jurassique précoce, les sauropodes phytophages rivalisaient avec d’autres herbivores, y compris les membres de leur propre clade aux mâchoires moins puissantes et au cou plus court, mais la cause principale de leur émergence rapide était jusqu’à présent discutée. Ces nouvelles analyses fossiles montrent que l’événement anoxique océanique du Toarcien a fourni les conditions nécessaires au développement et à la domination des sauropodes à long cou.

Une capacité d’adaptation impressionnante

Selon les auteurs de l’étude, c’est la première fois que la disponibilité de plantes anciennes est directement liée au développement évolutif d’un dinosaure les ayant incluses dans son régime alimentaire.

« La domination des eusauropodes s’est établie après un événement volcanique massif ayant frappé le sud du Gondwana (180-184 Ma) et a coïncidé avec de graves perturbations climatiques ainsi qu’une diminution drastique de la diversité végétale caractérisée par la prolifération des conifères à petites feuilles écailleuses. Les échantillons végétaux et fauniques d’autres régions suggèrent qu’il s’agissait de changements globaux qui ont eu un impact sur les écosystèmes terrestres pendant l’événement de réchauffement du Toarcien et qui ont participé à une extinction massive de second ordre », concluent les chercheurs.

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