— Vadim Sadovski / Shutterstock.com

De récentes recherches ont mis en évidence l’impact bénéfique pour la planète de l’interdiction des produits chimiques destructeurs d’ozone décidée à la fin des années 1980, sans laquelle le réchauffement climatique aurait été considérablement aggravé.

Modéliser le « monde évité »

Absorbant la majorité des rayons ultraviolets du Soleil, la couche d’ozone est une composante clé de l’atmosphère terrestre. Mais à la fin des années 1970, les scientifiques ont découvert que des composés couramment utilisés, connus sous le nom de chlorofluorocarbures (CFC), appauvrissaient cette enveloppe protectrice. En 1985, un vaste trou au sein de cette dernière a été repéré au-dessus de l’Antarctique.

Peu après, 197 pays des Nations unies ont ratifié le protocole de Montréal, interdisant l’utilisation des CFC. Et cela a fonctionné : 30 ans plus tard, le trou de la couche d’ozone continue de se résorber. Mais quels dégâts a-t-il permis d’éviter ? Bien que de nombreuses recherches aient précédemment simulé le réchauffement de la planète si l’utilisation des CFC n’avait pas été drastiquement réduite, cette nouvelle étude présentée dans la revue Nature a ajouté un élément supplémentaire à l’équation.

Le cycle du carbone implique une poignée de « puits » naturels qui capturent et stockent le dioxyde de carbone, contribuant ainsi à réduire sa concentration dans l’atmosphère. Mais il se trouve que la quantité supplémentaire de lumière UV qu’un trou dans la couche d’ozone aurait laissé passer aurait largement impacté la capacité des plantes, et plus particulièrement des forêts, à assurer une telle fonction. Afin d’obtenir un aperçu plus précis, les chercheurs ont donc conçu un modèle intégrant ce facteur.

L’activité tectonique absorbe plus de carbone que prévu — Mikhail Cheremkin / Shutterstock.com

L’équipe a modélisé un « monde évité » dans lequel l’utilisation des CFC aurait continué d’augmenter de 3 % par an (une estimation prudente) et calculé l’effet que cela aurait eu sur l’appauvrissement de la couche d’ozone, la quantité supplémentaire d’UV atteignant la Terre, les dommages causés aux plantes, la façon dont ceux-ci affecteraient leur absorption de carbone et, enfin, la contribution de cette perturbation du cycle du carbone au changement climatique.

Un scénario catastrophe

Le modèle suggère que la couche d’ozone se serait essentiellement désagrégée d’ici 2040 et qu’à l’horizon 2050, l’exposition aux UV dans les régions de latitudes moyennes (englobant les États-Unis, une grande partie de l’Europe et de l’Asie ainsi que les régions méridionales de l’Amérique du Sud et de l’Australie) serait plus forte qu’elle ne l’est actuellement sous les tropiques, qui présenteraient une chute de 60 % des niveaux d’ozone d’ici la fin du siècle.

L’augmentation du rayonnement UV aurait entraîné une réduction de la quantité de carbone stockée par la végétation atteignant 580 milliards de tonnes, ce qui se serait traduit par des niveaux atmosphériques 40 à 50 % plus élevés qu’ils ne le sont aujourd’hui (entre 165 et 215 ppm), à l’origine d’un réchauffement supplémentaire de 0,8 °C par le biais de l’effet de serre. Les CFC étant eux-mêmes des gaz à effet de serre, leur présence accrue dans l’atmosphère aurait entraîné une augmentation directe des températures de l’ordre de 1,7 °C, portant le réchauffement supplémentaire total à 2,5 °C d’ici la fin du siècle.

« Nos recherches montrent que les succès du protocole de Montréal vont au-delà de la simple protection de l’humanité contre l’augmentation des UV », souligne Paul Young, de l’université de Lancaster. « Bien que nous puissions espérer que nous n’aurions jamais atteint le monde catastrophique que nous avons simulé, cela nous rappelle l’importance de continuer à protéger la planète et la couche d’ozone. Des menaces tout à fait concevables existent toujours, telles que l’utilisation non réglementée des CFC. »

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