— Lunarts Studio / Shutterstock.com

Des chiffres terrifiants viennent d’être publiés par la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église catholique, la CIASE. Jean-Marc Sauvé, son président, a révélé mercredi dernier que plus de 3 000 personnes, spécifiquement des enfants et des adultes vulnérables, auraient été victimes de sévices et de violences sexuelles de la part de prêtres ou de religieux depuis 1950. Ce n’est pas la première fois que l’Église est épinglée pour ce type de scandale et vivement critiquée pour ses réactions face à ces crimes.

Les violences sexuelles en France : les statistiques officielles

Chaque année, plus de 165 000 enfants (de 0 à 18 ans) sont victimes de violences sexuelles, selon les chiffres établis en 2019 par une enquête IPSOS. La moyenne d’âge de ces victimes est de seulement 10 ans. Ramenés proportionnellement à chaque classe d’âge, ces chiffres montrent que 15 à 20 % des enfants d’une classe d’âge seraient victimes de violences sexuelles, soit près de 4 à 5 enfants par classe à l’école. Malheureusement, les filles semblent être les plus grandes victimes de ces violences avec 130 000 plaintes chaque année, contre 35 000 plaintes pour des violences commises sur des petits garçons.

Concernant les adultes, les chiffres sont un peu plus élevés mais concernent une tranche d’âge beaucoup plus étendue, qui va de 18 à 75 ans. Plus de 222 000 adultes seraient victimes de violences sexuelles en France chaque année, selon un rapport publié en 2017 par le ministère de l’Intérieur. Cela étant dit, seulement 10 % des victimes porteraient plainte. Sur ces 222 000 victimes, on recenserait 184 000 femmes et 38 000 hommes.

— Kumpol Vashiraaskorn / Shutterstock.com

L’objectif de la CIASE

La CIASE, ou Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église, a été investie par l’Église catholique d’un seul objectif : renseigner et documenter les violences sexuelles commises depuis 1950 par des membres du clergé sur des enfants ou des adultes vulnérables. Elle a donc pour intention de « dénombrer, de la manière la plus exhaustive possible, les abus, les victimes et les auteurs ». C’est donc un travail titanesque qu’accomplit aujourd’hui la CIASE. Pour établir des chiffres précis, plusieurs processus sont à l’oeuvre. En premier lieu, un appel aux victimes et à témoignages a été lancé en juin 2019 : il prendra fin en octobre 2021. Rien qu’en un an, plus de 5 300 appels et témoignages ont été livrés à l’organisme. Des auditions approfondies des victimes ont été dirigées et 150 personnes ont été déjà entendues. Une centaine d’autres devrait être auditionnée prochainement.

Par ailleurs, des enquêtes approfondies ont lieu, et près d’un an après le lancement de la Commission, les enquêteurs ont fini d’analyser les inventaires d’archives diocésaines et des congrégations. Certains de ces diocèses et une dizaine de ces congrégations verront des enquêtes plus poussées. Ils se sont maintenant lancés dans l’analyse des inventaires d’archives de la justice. Pour ce projet de longue haleine, ils ont également demandé de l’aide à la presse, dont l’ambition est de les aider à repérer coupables et victimes pour les comparer aux témoignages.

Au moins 1 500 prêtres coupables de violences sexuelles

Selon les chiffres établis par la CIASE, au moins 1 500 prêtres et religieux seraient coupables de violences sexuelles, infligées à des enfants et des adultes vulnérables depuis 1950. Jean-Marc Sauvé, président de cette commission, a réalisé « un point presse » durant lequel il a estimé que plus de 3 000 personnes auraient été victimes de ces prêtres ces derniers 70 ans. Ce constat nous paraît tout à fait effarant : en effet, le travail de cette commission est loin d’être achevé, et beaucoup de victimes risquent encore de sortir de l’ombre puisque la CIASE doit encore « croiser ses sources multiples ». Toutefois, les données sont éloquentes : la plupart des religieux coupables ont fait plusieurs victimes, créant parfois un « véritable système d’abus ». Certains ont même molesté « plusieurs dizaines d’enfants », précise Jean-Marc Sauvé.

Dans une interview menée par le journal La Croix, Jean-Marc Sauvé attire l’attention sur la situation des adultes vulnérables victimes de violences sexuelles. Il déclare que 12 à 13 % des signalements sont effectués par des personnes majeures, « engagées dans une relation à caractère sexuel non librement consentie » et à un moment où elles étaient « dans un rapport d’autorité, d’emprise, de direction de conscience ou d’accompagnement spirituel » vis-à-vis de leur violeur ou agresseur.

Cet organisme sait que malheureusement, ces résultats sont à prendre avec des pincettes, toutes les victimes ne se manifestant pas. Les raisons sont diverses : « Soit parce qu’il y a encore chez elles trop de souffrance, soit parce qu’elles ont voulu tourner la page. » Oser parler est difficile et douloureux et par conséquent, les victimes peuvent mettre plusieurs décennies avant de s’exprimer. Jean-Marc Sauvé explique que la majorité des personnes qui ont parlé à la CIASE sont aujourd’hui âgées puisque « deux tiers des agressions rapportées se sont produites dans les années 1950, 1960 et 1970 ».

Malheureusement, signale Jean-Marc Sauvé, « les abus sexuels se sont produits partout, dans les familles, comme dans des institutions, à l’école, dans le sport ou les loisirs. Il apparaît nécessaire qu’un travail plus vaste soit entrepris. Il est temps de révéler la face cachée de notre société et de rendre justice à la souffrance des enfants. Il est invraisemblable qu’aujourd’hui, des milliers, des dizaines de milliers de personnes aient vécu dans leur enfance des abus et n’aient pas pu en parler, n’aient pas eu d’instance pour en parler. »

6
COMMENTEZ

connectez-vous pour commenter
avatar
4 Fils de commentaires
2 Réponses de fil
0 Abonnés
 
Commentaire avec le plus de réactions
Le plus populaire des commentaires
4 Auteurs du commentaire
Firstde simple bon sens !WarnPapounetUT Auteurs de commentaires récents
  S’abonner  
plus récent plus ancien Le plus populaire
Notifier de
de simple bon sens !
Invité
de simple bon sens !

Il est de bon ton d’attaquer une certaine religion …. facile car « elle » ne se défend pas, « elle » ne fait pas dans le terrorisme, et de plus « elle » reconnait certains de ces égarements …. mais attention ne pas attaquer les « tout bons », vous savez « ceux » du camp de bien, « ceux »… Lire la suite »

PapounetUT
Invité
PapounetUT

Est-ce plus ou moins que les mariages forcés d’enfants avec des vieux de plus de 50 ans dans d’autres religions ? À mon avis on est loin du compte vu que pour les autres religions la femme ou fille mineure voir pré pubère n’a pas le droit de choisir son… Lire la suite »