En Floride, une campagne lancée contre les moustiques a fini par vider tout un écosystème de son eau douce. Les Everglades en portent encore les traces aujourd’hui. Et cela révèle une confusion fréquente, celle qui mélange assainir un marais et l’assécher.

Dans les années 1920, la Floride creuse 139 kilomètres de canaux pour chasser les moustiques des Everglades
Les Everglades formaient une rivière d’herbe unique au monde. Large de dizaines de kilomètres, elle restait pourtant peu profonde, à peine quelques centimètres par endroits. Cette eau douce glissait lentement vers la mer et nourrissait une faune abondante, sur un sol détrempé et inhospitalier.
Chaleur moite et nuées de moustiques rendaient la région invivable pour quiconque voulait s’y installer. Il fallait donc agir. Dans les années 1920, une solution parut évidente aux ingénieurs locaux. Il suffisait de supprimer l’eau stagnante, la nurserie des insectes piqueurs.
Le chantier démarra avec le creusement de 139 kilomètres de canaux. L’objectif était simple : repousser l’eau vers l’océan et transformer les marais en terres sèches et constructibles. Mais ce raisonnement ignorait un équilibre hydraulique essentiel.
En vidant les Everglades de leur eau douce, ces canaux ont laissé l’eau salée envahir les sols et les nappes
Personne n’avait anticipé ce mécanisme. Car l’eau douce évacuée vers l’océan exerçait auparavant une pression discrète. Cette pression maintenait l’eau salée à distance des terres. En la retirant, les canaux ont laissé la mer s’infiltrer dans les sols.
Résultat : ce phénomène d’intrusion saline a transformé des terres fertiles en sols salés. Ces terres sont devenues inutilisables pour l’agriculture qu’on voulait développer. Les Everglades ont ainsi perdu plus de 70 % de leur débit d’eau historique.
De canal en canal, la Floride a bâti un réseau hydraulique géant qui a bouleversé toute la faune des Everglades
Un canal en appelait un autre. Puis un système entier de contrôle de l’eau a vu le jour. Aujourd’hui, la Floride compte environ 3 500 kilomètres de canaux et plus de 3 400 kilomètres de digues. Des centaines de structures de régulation complètent ce dispositif.
Des dizaines de stations de pompage remplissent ou vident des bassins artificiels à volonté. Cette maîtrise croissante de l’eau a fini par dérégler l’ensemble du vivant qui en dépendait. Conséquence directe, la faune locale en a payé le prix.
De fait, les populations d’oiseaux échassiers ont chuté de près de 90 % depuis le lancement du drainage. Ce déclin est documenté depuis des décennies. Pollution et espèces invasives sont venues aggraver cette fragilisation initiale.
Parce que l’eau potable de millions d’habitants en dépend, la Floride tente de réparer ses Everglades
Les pluies qui tombent sur les Everglades alimentent l’aquifère de Biscayne. Or, ce réservoir souterrain fournit l’eau potable d’une des régions les plus peuplées des États-Unis. Chaque jour, des centaines de millions de litres y sont pompés.
D’où le lancement, au tournant du millénaire, d’un programme de restauration doté d’un budget estimé à environ 23 milliards de dollars. L’assèchement a pris des décennies à s’installer. Sa réparation complète en demandera sans doute plusieurs de plus.
Par Eric Rafidiarimanana, le
Source: sciencepost.fr
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