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Pourquoi la plus grande cloche du monde installée au Kremlin n’a jamais pu faire entendre le moindre son ?

Le Tsar Kolokol, monument colossal de 202 tonnes exposé à Moscou, détient un triste record. Conçue pour être la cloche la plus gigantesque de la planète, cette œuvre d’art n’a pourtant jamais vibré, victime d’un accident absurde juste après sa création.

Le Tsar Kolokol, immense cloche de bronze brisée, repose sur son socle au cœur du Kremlin de Moscou.
Fendue avant même d’avoir pu sonner, la gigantesque cloche du Kremlin expose encore aujourd’hui son fragment de 11,5 tonnes détaché lors de l’incendie de 1737. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Un défi technologique confié à des fondeurs russes après un refus parisien

L’impératrice Anna Ivanovna souhaitait initialement attribuer ce projet hors norme à un ingénieur de la couronne de France. Devant le refus de ce dernier, qui estimait l’œuvre impossible à réaliser, le pouvoir se tourna vers les artisans locaux Ivan Motorine et son fils Mikhaïl.

Les deux maîtres fondeurs, habitués à couler des canons, débutèrent le chantier en 1733. Après le décès d’Ivan et une première tentative ratée, Mikhaïl acheva la coulée le 25 novembre 1735. Il coulait le métal dans une fosse de dix mètres de profondeur spécialement aménagée..

Un alliage d’or et d’argent brisé en une nuit par un choc thermique

Pour concevoir ce colosse de 6,14 mètres de haut, les artisans utilisèrent le bronze d’une ancienne cloche disparue. Ils ajoutèrent également 72 kilogrammes d’or et 525 kilogrammes d’argent, injectant une fortune considérable dans la structure métallique.

Le destin de l’objet bascula en mai 1737 lors du terrible incendie de Troitski, alors que la structure refroidissait encore. Pour stopper les flammes qui menaçaiment le Kremlin, de l’eau froide fut projetée sur le métal brûlant, provoquant une rupture immédiate.

Sous l’effet de ce refroidissement brutal, une fissure majeure apparut et un fragment de 11,5 tonnes se détacha net. Devenue totalement inutilisable, la cloche endommagée chuta lourdement au fond de son puits de moulage, condamnée au silence.

Un siècle de captivité sous terre face auquel même Napoléon a renoncé

Le monument passa près d’un siècle enfoui dans le sol moscovite, survivant aux bouleversements politiques. En 1812, durant l’occupation de la ville, Napoléon Bonaparte exprima le souhait d’emporter ce colosse en France comme trophée de guerre avant de renoncer.

Le poids de cette masse métallique rendait tout transport irréalisable pour l’armée française. Face à cet échec, le pouvoir russe choisit plus tard d’aménager un accès souterrain pour permettre aux visiteurs curieux de contempler l’œuvre directement dans sa fosse.

Le sauvetage par un architecte français et la renaissance numérique du monument

L’énigme de son extraction trouva sa solution à l’été 1836 grâce à l’intervention d’Auguste de Montferrand. Cet architecte français, célèbre pour ses travaux à Saint-Pétersbourg, réussit à hisser la structure hors de terre après un premier essai infructueux.

Le monument repose désormais sur un socle en pierre au cœur de Moscou, affichant fièrement sa blessure historique. Cette situation insolite faisait sourire l’écrivain Voltaire, qui ironisait sur ces installations russes gigantesques mais totalement inopérantes.

Récemment, des équipes de chercheurs américains ont exploité des technologies modernes pour modéliser la structure. Ces travaux numériques ont permis de simuler la fréquence sonore théorique de la cloche, brisant virtuellement un mutisme vieux de trois siècles.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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