Une forteresse nazie domine les allées paisibles de l’Arenbergpark à Vienne. Cette masse grise de huit étages abrite aujourd’hui des réserves d’art. Pourtant, sa présence insolite au milieu des pelouses cache un casse-tête urbain presque impossible à résoudre.

Les batteries antiaériennes du troisième arrondissement formaient autrefois un puissant rempart de béton
Les promeneurs croisent une silhouette colossale entre deux rangées d’arbres. Nommée G-Turm, cette tour mesure cinquante-sept mètres de côté et quarante-deux mètres de hauteur. En effet, l’édifice impose ses huit étages austères à côté des aires de jeux.
Une seconde forteresse se dresse à environ cent soixante mètres. Cette sœur jumelle porte le nom de L-Turm. De plus, les deux tours composaient un redoutable binôme baptisé Baldrian, d’après le nom allemand de la valériane.
Le décor surprend par son contraste direct. Des familles profitent des pelouses fraîches sous la carcasse de ce géant minéral. Mais cette masse grise rappelle avant tout les combats aériens qui visaient les quartiers de la capitale autrichienne.
La construction express du complexe Baldrian cachait un abri civil et un hôpital militaire sous les tirs
Les ingénieurs ont lancé ce chantier militaire en décembre 1942. Berlin voulait absolument protéger la cité contre les escadrilles alliées. Ainsi, les équipes ont achevé cet ouvrage en octobre 1943, après dix mois de travail acharné.
Chaque tour remplissait plusieurs missions stratégiques dès sa mise en service. Le niveau bas stockait d’immenses réserves d’obus pour l’artillerie lourde. Ensuite, les trois premiers étages servaient de solide abri antiaérien pour les habitants du quartier.
Le quatrième niveau de la tour hébergeait un hôpital militaire complet. Cette structure soignait les soldats et accueillait aussi les patients du complexe voisin Rudolfstiftung. La forteresse regroupait donc la riposte armée, les soins médicaux et l’abri des civils.
Des murs de deux mètres d’épaisseur ont découragé tous les projets de démolition depuis la Libération
Aucun explosif ordinaire ne peut entamer une telle masse. Le toit forme une dalle de béton armé épaisse de 3,5 mètres. De plus, les façades extérieures affichent des murs massifs de près de deux mètres d’épaisseur.
Les spécialistes ont vite renoncé à tout dynamitage dans ce secteur habité. Par ailleurs, des promoteurs voulaient transformer le site en logements avec piscine en 1990. Une forte mobilisation citoyenne a finalement stoppé ce chantier immobilier jugé démesuré.
Les réserves du musée d’art appliqué occupent les lieux en attendant un improbable jardin suspendu
Cette tour historique connaît désormais un destin très paisible. Le musée MAK utilise en effet les salles blindées pour stocker ses précieuses collections. En revanche, la tour voisine reste entièrement vide et attend toujours une affectation.
L’avenir du site suscite encore des débats politiques locaux. Le parti NEOS Wien a proposé en 2025 d’aménager le jardin suspendu High Garden. Ainsi, la capitale hésite toujours entre transformer ce vestige minéral et préserver une cicatrice intacte.