Et si la lutte contre la pauvreté était aussi une affaire de biodiversité ?

Une idée reçue qui vacille
Pendant longtemps, on a raconté l’histoire comme un mauvais duel. D’un côté, la nature à protéger, presque sous cloche. De l’autre, les pays pauvres à développer, vite, parfois au prix du paysage. Comme si une forêt tropicale, un champ plus rentable et un revenu décent ne pouvaient pas cohabiter dans la même phrase.
Une étude publiée dans la revue PNAS vient pourtant bousculer ce vieux réflexe. Elle a été menée par des chercheurs de l’université du Minnesota. Selon leurs projections, accélérer le développement des pays à faibles revenus pourrait aussi réduire la pression sur les terres naturelles.
Le cœur du sujet tient en un mot très ordinaire : agriculture. Aujourd’hui, les cultures couvrent environ 12 % des terres émergées. Les pâturages, eux, en occupent près d’un quart. Ce n’est pas une jardinière sur un balcon. C’est l’un des grands moteurs de disparition des habitats sauvages.
C’est là que le paradoxe devient intéressant. Et franchement moins confortable qu’il n’en a l’air.
Si les pays en développement restent coincés dans la pauvreté, la demande alimentaire pourrait exploser. La croissance démographique accentuerait encore la pression. Résultat possible : davantage de forêts, de savanes et de zones humides converties en champs. Les chercheurs évoquent jusqu’à un milliard d’hectares cultivés en plus d’ici 2100.

Le progrès, version biodiversité
L’idée n’est pas de repeindre la croissance en vert fluo. Elle est plus fine. Des revenus plus élevés s’accompagnent souvent d’une transition démographique. Ils peuvent aussi favoriser de meilleurs rendements, des infrastructures plus efficaces et des échanges moins subis. Produire davantage sans grignoter partout : voilà le vrai numéro d’équilibriste.
Stephen Polasky, l’un des auteurs de l’étude, résume ce renversement avec prudence. Aider les pays pauvres à se développer pourrait réduire la pauvreté. Et, plus inattendu, bénéficier à la nature. Séduisant, mais pas magique : les chercheurs ne livrent pas le mode d’emploi politique.
Cette question n’est pas nouvelle. Dès les années 1980, le rapport Brundtland liait déjà écologie et justice sociale. La planète, décidément, n’aime pas les solutions trop simples.