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Aussi incroyable que cela puisse paraître, il existe une espèce de poisson africain qui est capable de mettre sa vie en pause. De cette manière, il peut arrêter son vieillissement. Les chercheurs évaluent d’ores et déjà la possibilité d’utiliser cette incroyable capacité pour l’appliquer chez les humains.

Un poisson capable de défier le processus temporel du vieillissement

Une équipe de chercheurs dirigée par les scientifiques de l’université de Stanford a découvert des indices sur la façon dont le killi (Nothobranchius furzeri), un poisson africain, est capable de suspendre sa vie pendant une diapause. Les résultats de leurs recherches sur le sujet ont été publiés dans la revue Science. Il est à savoir que le killi est un poisson de couleur turquoise originaire du Zimbabwe et du Mozambique. C’est un poisson qui habite dans des eaux peu profondes et qui a ainsi l’habitude de s’échouer hors de l’eau pendant une grande partie de l’année.

C’est notamment pour survivre hors de l’eau que les embryons de killi entrent dans un état de vie suspendu appelé diapause. Ce phénomène permet au killi de se mettre en pause jusqu’au retour de la saison des pluies et d’un environnement plus favorable à sa croissance. À ce moment, les poissons reprennent alors leur vie comme si le temps s’était arrêté pendant une saison entière. La diapause ne permet pas uniquement au poisson de s’adapter aux saisons sèches, cela suspend littéralement son processus de vieillissement.

D’une certaine manière, la diapause est ainsi similaire à l’hibernation. Les animaux en diapause sont dans un état dormant où leur corps est moins actif que d’habitude. Mais si l’hibernation est essentiellement une période de repos saisonnière lorsque les températures sont trop froides pour que les animaux prospèrent, en diapause les killies mettent leur vie et leur développement en suspens, sans pour autant mourir.

La diapause peut durer plusieurs mois, et cela peut même durer plus de temps que la durée de vie totale du poisson. Plus précisément, les embryons de killi peuvent suspendre leur croissance pendant cinq mois à deux ans. Si les humains pouvaient appliquer des méthodes similaires pour ralentir leur vieillissement, une personne ayant une espérance de vie de 80 ans pourrait avoir une durée de vie de 160 à plus de 400 ans. Par ailleurs, des capacités similaires pourraient également permettre aux humains de mieux appréhender les voyages dans l’espace.

La diapause : comment ça marche ?

Autrement dit, le temps qui passe pendant la diapause ne compte pas pour la durée de vie globale du poisson. Ce constat bouleverse complètement l’idée même du vieillissement en tant que processus temporel qui aboutit inexorablement à la disparition inévitable d’un individu. Pour expliquer ce phénomène, les scientifiques de l’université de Stanford ont mené des analyses génétiques sur le killi. Les résultats ont montré que pendant la diapause, les gènes qui déclenchent le renouvellement des cellules diminuent, tandis que ceux impliqués dans l’entretien musculaire deviennent plus actifs.

Une partie de ce phénomène s’explique notamment par une augmentation de la production d’une protéine appelée chromobox 7 ou CBX7. Maintenant que les scientifiques ont trouvé le « bouton d’arrêt » qui permet de stopper le vieillissement chez les killies, ils cherchent à déterminer un moyen de l’utiliser pour aider les humains à prévenir le vieillissement. Il est à préciser que l’objectif des scientifiques ne consiste pas à utiliser la protéine CBX7 pour arrêter de vieillir, mais de reproduire un processus similaire à l’échelle humaine.

Par ailleurs, il est à savoir que le killi n’est pas le seul spécimen à pouvoir entrer en diapause. Selon des études antérieures, certains insectes, d’autres poissons, crustacés et nématodes utilisent également la diapause pour survivre dans un environnement non adapté à leur croissance. Quoi qu’il en soit, le fait d’avoir découvert comment fonctionne la diapause est une étape très importante en matière de géroscience. « Nous pensons qu’il est intéressant d’un point de vue fondamental de comprendre comment l’accumulation des dommages dus au passage du temps peut être arrêtée ou suspendue. La diapause nous offre un moyen de comprendre cela », a déclaré Anne Brunet, coauteure de l’étude, à The Guardian.

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