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Distanciation sociale : les plantes évitent soigneusement leurs voisines en décomposition

Un mécanisme essentiel

Si de nombreuses espèces animales évitent les matières organiques en décomposition, pour la première fois, des chercheurs chinois ont mis en évidence un mécanisme similaire pour les végétaux.

Saprotropisme

Chez les plantes, on recense un certain nombre de tropismes, ou trajectoires de croissance liées à des stimuli externes, tels que la lumière solaire (phototropisme) ou la gravité (géotropisme). Dans le cadre de travaux publiés dans la revue Science, Yuzhou Zhang et ses collègues en ont documenté un nouveau : le saprotropisme (« sapro » signifiant pourri en grec), réaction à la présence de matière en décomposition déclenchée par le pH du sol.

« Les animaux se détournent instinctivement des aliments pourris, plus susceptibles d’abriter des micro-organismes nuisibles », souligne l’équipe. « Nous avons donc cherché à savoir si les végétaux, immobiles, avaient développé une stratégie similaire sous terre. »

Pour ce faire, Zhang et ses collègues ont placé de petites quantités de matière organique en décomposition, d’origine animale et végétale, à proximité des racines de plantes en pleine croissance.

Il s’est avéré que celles-ci contournaient spécifiquement la matière végétale, qu’il s’agisse de parties charnues (fruits et feuilles) ou ligneuses (sciure de bois), et que cette réponse spécifique était étroitement liée aux niveaux d’acides produits par des micro-organismes tels que les champignons, responsables de leur dégradation. « Lorsque ce signal d’alerte s’estompait, les racines cessaient de l’éviter », note Zhang.

Implications

Plus globalement, ces recherches confirment que la matière végétale en décomposition n’est pas seulement une source passive de nutriments : elle crée un paysage chimique que les racines sont capables de décoder. « Dans le cas du saprotropisme, elles interprètent l’activité microbienne du sol et adaptent leur croissance en conséquence », écrivent les chercheurs.

L’observation de ce phénomène à la fois chez l’espèce Arabidopsis thaliana et des plantes cultivées telles que le colza, la tomate et le blé, suggère un mécanisme largement répandu au sein du monde végétal, avec des implications pour la gestion des sols et la résilience des cultures.

« Les pratiques actuelles impliquent l’incorporation excessive de résidus végétaux non décomposés, que les racines ne peuvent pas toujours contourner, ce qui accroît le risque de maladie », conclut Zhang.

Plus tôt cette année, une étude avait révélé que les plantes en contact étroit s’avertissaient mutuellement en cas de stress environnemental, et que cette communication biologique renforçait significativement leur résilience.

Par Yann Contegat, le

Source: Connect Sci

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