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© Velela / Wikimedia Commons

Réputé disparu depuis des millions d’années, le pin de Wollemi représente une véritable relique du passé. Sa redécouverte en 1994 a étonné le monde scientifique, et de récentes études sur son génome fournissent des indices cruciaux sur sa longévité et sa vulnérabilité. Cette recherche ne relève pas uniquement de la curiosité académique, elle a des implications profondes pour la conservation de cette espèce en danger critique d’extinction.

Un fossile vivant de l’ère des dinosaures

Longtemps considéré comme éteint, le pin de Wollemi (Wollemia nobilis) a refait surface dans le parc national de Wollemi en Australie, à environ 100 kilomètres à l’ouest de Sydney, lorsqu’un groupe de randonneurs l’a découvert presque par hasard. Ce pin, souvent qualifié de « fossile vivant », présente une ressemblance frappante avec des spécimens fossiles datant de l’ère du Crétacé, il y a entre 145 et 66 millions d’années. Depuis sa découverte, moins de 60 individus ont été répertoriés à l’état sauvage, ce qui rend la préservation de cette espèce d’autant plus cruciale.

L’histoire de cette espèce est marquée par une extraordinaire résilience. Bien que seules quelques petites populations subsistent aujourd’hui, le pin de Wollemi a été capable de survivre presque inchangé à travers des époques géologiques. On pense qu’il a disparu il y a environ deux millions d’années. Cependant, ces rescapés du temps sont maintenant menacés par des incendies de forêt et d’autres facteurs environnementaux.

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— © John Tann from Sydney, Australia / Wikimedia Commons

Un génome gigantesque mais fragile

Dans une étude non encore soumise à évaluation par les pairs et publiée dans la base de données bioRxiv, des chercheurs internationaux ont analysé le génome du pin de Wollemi. Doté de 26 chromosomes, son génome contient 12,2 milliards de paires de bases. En comparaison, le génome humain n’en contient que 3 milliards. Malgré cette apparente complexité, les analyses révèlent une diversité génétique étonnamment faible, probablement due à un goulot d’étranglement de la population survenu il y a environ 10 000 à 26 000 ans.

Cependant, la taille imposante du génome s’explique par la présence d’un grand nombre de transposons, également appelés « gènes sauteurs ». Ces séquences d’ADN peuvent se déplacer d’un endroit à un autre dans le génome, entraînant des modifications génétiques qui peuvent être tant bénéfiques que nuisibles. Les chercheurs suggèrent que la prévalence de ces transposons pourrait être liée à des mutations défavorables, accélérant peut-être le déclin de l’espèce.

Reproduction clonale et vulnérabilités

Les circonstances difficiles pourraient avoir incité la plante à passer à la reproduction clonale. L’une des particularités du pin de Wollemi est sa méthode de reproduction, principalement asexuée. Le passage à la reproduction asexuée pourrait avoir réduit l’introduction possible de mutations dangereuses, car l’augmentation du nombre de transposons est liée à la reproduction sexuée. 

Cette méthode de reproduction clonale pourrait expliquer la faible diversité génétique de l’espèce. À l’inverse, les transposons peuvent avoir contribué à l’augmentation de la variété génétique qui a rendu les arbres plus résistants aux changements environnementaux alors qu’ils dépendaient encore de la reproduction sexuée. 

Le génome a également révélé une sensibilité accrue aux maladies, en particulier à la moisissure pathogène Phytophthora cinnamomi. Des gènes liés à la résistance aux maladies semblent être inhibés, possiblement à cause de l’évolution vers des feuilles plus larges. Cette vulnérabilité aux maladies pourrait être exacerbée par le contact humain, notamment de la part de randonneurs visitant le site protégé.

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— © deror_avi / Wikimedia Commons

Implications pour la conservation

La découverte et l’analyse du génome du pin de Wollemi ont des implications majeures pour la survie de cette espèce rare. Déjà en danger critique selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), cette espèce attire désormais l’attention des conservateurs du monde entier, qui sont motivés pour mieux comprendre et protéger ce véritable trésor biologique.

Le pin de Wollemi est non seulement une fenêtre fascinante sur la biologie et l’évolution, mais il est aussi un cas d’école pour les efforts de conservation. La recherche génomique actuelle contribue grandement à notre compréhension des défis auxquels l’espèce est confrontée. Le pin de Wollemi est une énigme de la nature qui continue de captiver les scientifiques. Son génome complexe et sa rareté font de lui une priorité en matière de conservation. 

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