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Les pervers narcissiques. Cela peut arriver que l’on entende un proche ou que l’on se fasse la réflexion à nous-même qu’une personne de notre entourage est un pervers narcissique. La perversion narcissique indique une pathologie relationnelle consistant en une survalorisation de soi-même aux dépens d’autrui. Comme il ne s’agit pas d’une pathologie mentale complètement définie, celle-ci n’est pas toujours aisée à identifier autour de soi. Mais alors, comment reconnaître puis se protéger des pervers narcissiques ? Explications.

Comment s’en protéger ?

Je suis à bout. Mon patron est un véritable pervers narcissique !” Voici le genre de remarque que l’on peut fréquemment entendre de la bouche d’un proche ou que l’on peut prononcer soi-même. Des termes particulièrement popularisés ces dernières années au vu de ouvrages parus sur la question. Mais, le risque peut être de penser que nous ne sommes entourés que de ce genre d’individus. Ainsi, qu’est-ce que réellement un pervers narcissique ?

L’expression “perversion narcissique” a été employée pour la première fois en 1986 dans un ouvrage de Paul-Claude Racamier, psychanalyste français. Voici la définition qu’il en donnait : “La propension active du sujet à nourrir son propre narcissisme aux dépens de celui d’autrui.” Il définissait également cette expression comme “le besoin, la capacité et le plaisir à se mettre à l’abri des conflits internes (…), en se faisant valoir au détriment d’un objet manipulé comme un ustensile et un faire-valoir”. Puis, par la suite, d’autres auteurs ont réutilisé et détaillé davantage ce terme afin de décrire une psychopathologie reposant sur de la manipulation mentale, permettant alors à une personne d’exercer une véritable emprise sur une autre. Cette pathologie bien complexe à définir comprend tout de même deux aspects principaux : la perversion ainsi que les troubles narcissiques. 

Selon Marie-France Hirigoyen, psychiatre, le pervers narcissique procède en trois étapes afin d’établir une manipulation mentale : la séduction, l’emprise psychologique et la manipulation. Tout d’abord, il crée un lien avec l’autre et s’attaque à “l’intégrité narcissique” de celui-ci. Puis, il s’attaque à la confiance en soi et à l’auto-estime de l’autre afin de créer un lien de dépendance. Enfin, il manipule en faisant croire que le lien de dépendance provient de la victime et non de lui-même. La victime est traitée comme un vulgaire objet et est instrumentalisée. “La victime a [alors] du mal à se rendre compte que la situation est anormale.

Ainsi, le pervers narcissique est une personne se surestimant malgré ses défauts et jouissant de la domination qu’il exerce sur sa ou ses victime(s), qui n’y voient malheureusement que du feu, le pervers narcissique étant des plus agréables au premier abord. “Son arme privilégiée est la parole. Il possède l’art d’avoir toujours raison en utilisant diverses armes : des raisons logiques pour éviter toute discussion, la persuasion, la diversion, l’ironie, le crédible à la place du vrai”, rapporte Souad Ben Hamed-Vernotte, psychologue clinicienne, psychanalyste et auteure de Approche clinique de quelques mécanismes pervers narcissiques, sorti en 2016. “Le profil du pervers n’a pas été étudié isolément. Cela ne signifie pas que les pervers narcissiques n’existent pas. Mais qu’il est difficile de mesurer ce qui est mal défini”, précise également Thierry Pham, professeur de psychopathologie légale à l’université de Mons, en Belgique.

Comment reconnaître un pervers narcissique ?

Face à cela, comment faire alors pour reconnaître et identifier un pervers narcissique ? Il existe néanmoins une problématique concernant la perversion narcissique : elle n’est pas répertoriée, comme l’explique Thierry Pham. “Même s’il n’existe pas de case précise pour la perversion narcissique, il existe dans la classification internationale des critères qui permettent de circonscrire la notion de personnalité narcissique.”

Malgré cela, il existe depuis 1991 l’échelle du psychologue canadien Robert Hare permettant de diagnostiquer les personnes psychopathiques à la fois narcissiques (comprenant la surestimation de soi-même, la manipulation, l’insensibilité ou encore le manque d’empathie) et antisociales (comprenant l’irresponsabilité ou encore la délinquance juvénile). 

Même si reconnaître un pervers narcissique est complexe, “le repérage des stratégies perverses est nécessaire. Les professionnels peuvent se former grâce à des guides qui recensent les particularités de cette pathologie, en gardant en tête que la perversion narcissique est une ‘solution’ de survie et non pas seulement une pathologie manipulatoire. Et que celle-ci concerne tous les milieux socioprofessionnels et toutes les configurations de liens”, explique Souad Ben Hamed-Vernotte. Thierry Pham ajoute de surcroît qu’il “est important de ne pas mettre tout le monde dans le même sac. Ce n’est pas parce qu’une personne se montre charmeuse et insensible qu’elle est obligatoirement à classer dans les psychopathes narcissiques. C’est tout un ensemble de critères qui doit alerter.”

Comment s’en protéger et s’en libérer ?

Ainsi, comment agir et se protéger lorsque l’on pense être victime d’un pervers narcissique ? “Il ne faut pas affronter seul la situation car la manière d’affronter la perversion narcissique et d’agir face à elle n’est pas la même quand il s’agit de relation d’emprise dans un couple, dans une famille ou dans une institution”, conseille Souad Ben Hamed-Vernotte. Mais, un pervers narcissique peut-il changer ? “Les personnes hautement narcissiques consultent peu parce qu’elles font souffrir les autres mais pas elles-mêmes. D’ailleurs, elles souffrent très rarement de dépression et jamais de troubles anxieux ou de stress post-traumatique”, commente Thierry Pham. 

Dans cette situation, il reste une personne à sauver plus que tout : celle qui est victime et sous emprise. Partir n’est malheureusement pas suffisant car on ne se retrouve pas dans cette situation par hasard. “Un pervers narcissique seul, ça n’existe pas. Il est important de comprendre pourquoi on a tendance à devenir une proie. Sinon, les mêmes liens risquent de se répéter avec quelqu’un d’autre”, explique Souad Ben Hamed-Vernotte. 

Afin de se libérer de cette emprise, Marie-France Hirigoyen détaille plusieurs étapes :

  • Repérer que la relation est toxique, autrement dit que lors d’un conflit la victime est toujours responsable. La victime doit alors cesser de se justifier. 
  • La victime doit reconnaître qu’elle ne peut pas changer la situation sans culpabiliser. Elle ne doit pas chercher à justifier la personne
  • Renouer avec les proches dont la victime a souvent été éloignée. 
  • Se faire aider et suivre une psychothérapie. 

Rester avec un pervers narcissique est donc très risqué. “Le risque est non seulement d’être coupé de son entourage mais aussi de subir une vraie destruction de son intégrité psychique. Il faut donc partir”, a conclu la psychiatre. 

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