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La crise sanitaire du coronavirus touche tout le monde de plein fouet, et cela n’est malheureusement pas près de s’arrêter. Si chaque individu gère difficilement la crise actuelle, le quotidien des personnes en situation de handicap est encore plus complexe, la crise du Covid-19 exacerbant des situations déjà bien difficiles.

La crise sanitaire liée au coronavirus exacerbe des situations déjà compliquées”

Si le déconfinement a permis à certaines personnes de reprendre progressivement leur rythme de vie normal, la situation est bien plus complexe pour les personnes en situation de handicap. Douze millions d’individus vivent en situation de handicap en France. Cela représente donc un Français sur six, selon l’association APF France handicap. Ces données ne reflètent cependant pas la dure réalité de leur quotidien. 

Le contexte actuel est difficile à gérer pour tout le monde, qu’on soit une personne valide ou non. Mais pour les personnes en situation de handicap, la crise sanitaire liée au coronavirus exacerbe des situations déjà compliquées”, a rapporté Jérémie Boroy, président du Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH).

Pour Suzy Margueron, jeune femme étant sourde profonde, certaines mesures barrières imposées sont de véritables obstacles. Elle ne peut pas, par exemple, communiquer avec les personnes portant un masque car cela l’empêche de lire sur les lèvres. “Je suis appareillée et je communique toujours en français. Je ne connais pas la langue des signes. Si je cherche une rue, je dois attendre de rencontrer une personne sans masque pour l’interroger. A la caisse d’un magasin, comment savoir si on me pose une question ou si on me salue ?”, a-t-elle notamment rapporté au journal Le Monde. Porter un masque de protection est donc loin d’être commode pour chaque individu.

Un confinement qui ne s’est toujours pas arrêté pour certaines personnes handicapées

Pour une majorité de personnes en situation de handicap, le confinement ne s’est pas arrêté le 11 mai. L’épidémie a privé beaucoup de gens de leur auxiliaire de vie. Certains ont allégé leurs tournées pour se focaliser sur les personnes les plus dépendantes. D’autres, qui n’avaient ni gants ni masque, avaient trop peur d’être contaminés et de transmettre le virus”, a ajouté le président d’APF France handicap, Alain Rochon.

Par ailleurs, la situation est encore différente pour les 400 000 personnes aveugles et malvoyantes de France. Pour pouvoir circuler ou vivre, il leur est essentiel de toucher ce qui les entoure. “Mes yeux sont au bout de mes doigts, je tâtonne en permanence”, a témoigné Vincent Michel, président de la Fédération des aveugles de France. “Si je veux acheter des tomates, je dois les palper pour savoir si elles sont mûres. Je ne peux pas faire autrement. Ce geste, qui peut être considéré comme maladroit, voire dangereux, c’est ce qui me permet de vivre de manière autonome, sans guide”, a-t-il également ajouté. S’il doit toucher ce que plusieurs personnes ont déjà touché, Vincent Michel doit encore plus redoubler de vigilance pour ne pas porter ses doigts à son visage et utiliser en permanence une solution hydroalcoolique.

Cette crise nécessite une capacité d’adaptation permanente

Les pouvoirs publics ont tout de même relativement bien répondu aux demandes des personnes handicapées en difficulté durant cette période inédite, comme l’ont constaté les quelques associations contactées par le journal Le Monde. “Le gouvernement doit gérer une situation inédite et – l’expression prend tout son sens dans ma bouche ! – on navigue à vue. Mais il faut reconnaître que nous avons été pris en compte dès le début de la crise”, a témoigné Vincent Michel.

Le président de la Fédération des aveugles de France a notamment évoqué à ce sujet certaines mesures d’allègement du confinement qui étaient accordées aux personnes handicapées : elles n’étaient pas concernées par la limite d’heure et d’un kilomètre pour se déplacer ; les personnes aveugles et malvoyantes n’étaient pas dans l’obligation de présenter leur attestation de déplacement. “Certaines galères auraient pu être mieux anticipées, mais je dois admettre que je suis agréablement surpris par la réactivité des autorités”, a ajouté Jérémie Boroy, membre du CNCPH.

Le cabinet de Sophie Cluzel, secrétaire d’État auprès du Premier ministre chargée des personnes handicapées, a également rapporté que “cette crise nécessite une capacité d’adaptation permanente. Mais on est en veille permanente pour trouver des solutions.” Le gouvernement s’est donc engagé à mettre au point le plus rapidement possible des masques ayant une fenêtre transparente, permettant ainsi de lire plus facilement sur les lèvres. Le secrétariat d’État a également obtenu une dérogation au port du masque obligatoire dans certains lieux, et ce, en présentant un certificat médical, pour les personnes handicapées qui ne peuvent le supporter.

Il faut cesser de laisser les personnes handicapées sur le bord de la route

La crise actuelle est l’occasion de mettre en lumière les problématiques d’inclusion sociale des personnes en situation de handicap, notamment en ce qui concerne le numérique, comme l’ont estimé plusieurs associations. “On a bien vu qu’on était à la ramasse. À l’école ou dans le cadre du télétravail, on a seulement pu constater que les outils de travail et les supports numériques n’étaient pas adaptés aux sourds”, s’est indigné Jérémie Boroy. 

Ce dernier a également ajouté que cette crise peut être “une opportunité historique. En deux mois, on a fait un véritable bond en avant sur la langue des signes. À chaque discours, Emmanuel Macron avait un interprète, et ses propos étaient sous-titrés, avec quelques imperfections. Le gouvernement a également produit un très grand nombre de fiches en FALC pour expliquer sa politique sanitaire. Tout ça, on peut le faire. Il faut maintenant le généraliser.

Alain Rochon espère finalement que cette situation aidera pour “travailler sur le monde d’après et ne plus laisser les personnes handicapées sur le bord de la route. Pendant le confinement, les valides ont vécu comme nous : avec des libertés et des droits restreints. Ils savent désormais ce que ça veut dire d’anticiper le moindre déplacement, d’avoir une vie sociale limitée ou de ne pas prendre les transports en commun comme on le souhaite.”

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