Face avant et arrière du pendentif — © Antonino Vazzana / BONES Lab

Des archéologues ont récemment estimé l’âge d’un pendentif en ivoire de mammouth présentant de nombreuses marques de perforation à plus de 41 000 ans. Ce qui en fait le plus ancien bijou décoré par des humains modernes jamais découvert en Eurasie.

Un étrange artefact

L’étrange artefact avait été découvert il y a une décennie dans la grotte polonaise de Stajnia, un haut lieu de découvertes archéologiques. Au fil des années, les fouilles y ayant été réalisées avaient permis la mise au jour de restes de Néandertaliens (Homo neanderthalensis), ainsi qu’un vaste ensemble d’ossements d’animaux de la steppe-toundra et d’artefacts datant du Pléistocène (il y a 2,58 millions d’années à 11 700 ans).

Dans le cadre de travaux publiés dans la revue Scientific Reports, une équipe internationale de chercheurs s’est attachée à déterminer l’âge du pendentif ainsi que de l’alène (outil utilisé pour percer des objets) en os de cheval découvert à proximité. La datation au radiocarbone a montré que les deux objets avaient environ 41 500 ans.

L’ornementation du pendentif comprenait plus de 50 marques de perforation (représentant possiblement le nombre d’animaux tués par son porteur ou des cycles solaires et lunaires) formant une boucle irrégulière et deux trous complets. Selon l’équipe, de telles caractéristiques illustrent la grande créativité et les extraordinaires compétences manuelles des membres du groupe d’Homo sapiens qui occupait le site.

Vue aérienne de la grotte de Stajnia — © Marcin Żarski

« Déterminer l’âge exact de ces bijoux était fondamental pour leur attribution culturelle, et nous sommes ravis du résultat », déclare l’auteure principale Sahra Talamo, directrice du laboratoire de radiocarbone BRAVHO de l’université de Bologne, en Italie. « Ce travail démontre que l’utilisation des avancées méthodologiques les plus récentes de la méthode du radiocarbone nous permet de minimiser la quantité d’échantillonnage et d’obtenir des dates très précises avec une très faible marge d’erreur. »

D’importantes implications pour les historiens

Une telle découverte a des implications intéressantes pour notre compréhension des premiers humains en Europe. « Les âges du pendentif en ivoire et du poinçon en os trouvés dans la grotte de Stajnia démontrent enfin que la dispersion de l’Homo sapiens en Pologne a eu lieu aussi tôt qu’en Europe centrale et occidentale », estime Andrea Picin, de l’Institut Max Planck d’anthropologie évolutive. « Ce résultat remarquable va changer la perspective sur la capacité d’adaptation de ces premiers groupes. »

« Si nous voulons clore sérieusement le débat sur le moment où l’art mobilier est apparu dans les groupes paléolithiques, nous devons dater au radiocarbone ces ornements, en particulier ceux trouvés lors de travaux de terrain antérieurs ou dans des séquences stratigraphiques complexes », conclut Talamo.

Il y a quelques mois, des archéologues avaient mis au jour une étonnante gravure sur os en Allemagne. Remontant à 51 000 ans et réalisée par des Néandertaliens, celle-ci pourrait être la plus ancienne œuvre d’art au monde.

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