Les poissons n’ont plus le temps de se reproduire : la pêche industrielle exploite 55 % des océans

La pêche industrielle occupe plus de la moitié de la superficie des océans. Des scientifiques viennent de d’établir ce constat grâce à une carte basée sur des données satellitaires. L’étude dévoile que les bateaux travaillent sur 200 millions de kilomètres carrés, soit une utilisation quatre fois plus importante que celle utilisée par le secteur agricole.

55 % de la surface des océans exploitée par la pêche industrielle dans le monde

200 millions de kilomètres carrés exploités, 55 % de la surface des océans, quatre fois la superficie du secteur agricole : ces données proviennent d’une étude publiée dans Science le vendredi 23 février. Les analyses détaillent les prises de poissons sur le globe, des déplacements des navires et de leurs activités heure par heure. La représentation de ces données se présentent sous la forme d’une carte interactive, accessible à tous.

Des ONG comme National Geographic Society, ou Skytruth, des universités de Californie, Stanford aux États-Unis, Dalhousie au Canada et Google, ont récupéré pas moins de 22 milliards de messages diffusés depuis les positions de systèmes d’identification automatique (SIA) des bateaux entre 2012 et 2016. Ces données servent de base à éviter les collisions entre les bateaux ou encore à connaître leur identité, le tout étant enregistré par des satellites et stations au sol.

Toutes ces données ont servi aux scientifiques. L’algorithme a identifié 70 000 navires commerciaux. Les détails comme leur taille, leur puissance, leur comportement (pêche ou navigation), le type de prise pratiqué, le lieu et le moment où ils se mettent au travail à l’heure au kilomètre près ont ainsi été pris en compte.

Un constat encore plus grave 

Les résultats de l’étude indiquent que 55 % des bateaux exploitaient la surface des mers en 2016, « mais ces données ne tiennent pas compte des régions où la couverture par satellite est mauvaise ou des zones économiques exclusives [ZEE] présentant un faible pourcentage de navires qui utilisent un système d’identification automatique », expliquent les auteurs. Ils pensent que la pêche industrielle occupe plutôt 73 % de la superficie des océans.

40 millions, c’est le nombre d’heures de pêche par navires en 2016. Leur consommation s’élève à 19 millions de kWh d’énergie, avec un parcours de plus de 460 millions de kilomètres, cela représente 600 fois la distance aller-retour de la Terre à la Lune.

Certaines zones sont plus touchées que d’autres, puisque certains pays pêchent en dehors de leur zone économique exclusive. Ainsi, en Atlantique nord-est (Europe), et dans le Pacifique nord-ouest (Chine, Japon Russie), la pêche est plus importante. L’étude montre que les facteurs sociaux et politiques influent sur les périodes et les intensités de la pêche, et non les cycles naturels comme les variations climatiques, la migration des poissons ou le prix du fioul.

Une transparence des données pour un renforcement d’une gestion durable

« En permettant à tout le monde de télécharger nos données, et notamment aux décideurs politiques, nous cherchons à améliorer la transparence dans le secteur de la pêche commerciale et à renforcer les possibilités d’une gestion durable », indique David Kroodsma, auteur principal de l’étude et directeur des recherches et du développement au Global Fishing Watch.

L’étude ne donne toutefois pas de chiffres quant aux quantités de prises de pêche : “Nous pouvons savoir pendant combien de temps les bateaux pêchent, mais il faudrait le combiner à d’autres données », explique Kristina Boerder, coauteur et doctorante à l’université Dalhousie.

Elle ajoute : « grâce à notre carte, nous pouvons protéger des écosystèmes fragiles comme les récifs coralliens d’eau froide menacés par le chalutage profond, travailler sur la surpêche et la pêche illégale et connaître également les zones mieux gérées ou l’efficacité des aires marines protégées ». La gestion durable est un enjeu de taille, la surpêche empêche en effet les espèces de se reproduire par manque de temps…


Nous ne saurons jamais tout le bien qu’un simple sourire peut être capable de faire.

— Mère Teresa