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Alexeï Navalny, célèbre opposant russe au Kremlin, a été admis avant-hier à l’hôpital après un « empoisonnement » présumé. Les médecins refusent aujourd’hui de le transférer à l’étranger, alors que l’hôpital n’est pas adapté pour le sauver. Les dirigeants français et allemands se sont déclarés « préoccupés » et ont proposé leur aide. Ce n’est pas la première fois que l’opposant est victime d’une telle attaque. De même, d’autres opposants, sous la Russie de Poutine, sont morts dans des circonstances mystérieuses.

Un empoisonnement probable

Au matin du jeudi 20 août, Alexeï Navalny, opposant au Kremlin, est admis à l’hôpital d’Omsk, alors qu’il se trouvait dans un avion qui le ramenait de Tomsk, en Sibérie-Orientale, vers Moscou. Durant le trajet, il a été pris de violentes douleurs, forçant l’avion à atterrir en urgence à Omsk, en Sibérie. Il était dans cette ville pour préparer les élections régionales du 13 septembre. Son équipe de campagne affirme sans détour qu’il a été empoisonné. « Nous supposons qu’Alexeï a été empoisonné avec quelque chose de mélangé dans son thé. C’est la seule chose qu’il a bue depuis le matin [à l’aéroport de Tomsk]. Les médecins disent que la toxine a été absorbée plus rapidement par le liquide chaud », a précisé Kira Iarmich, sa porte-parole.

Transporté à l’hôpital d’Omsk, ce dernier refuse, à présent, de le transférer à l’étranger. Ainsi, Anatoli Kalinitchenko, vice-directeur de l’hôpital des urgences n°1 d’Omsk, affirme qu’« à ce jour, aucun poison n’a été identifié dans le sang et l’urine, il n’y a pas de traces d’une telle présence », et qu’il refuse son transfert à l’étranger à cause de son état « instable ». Selon ses proches, cette décision « menace sa vie ». Selon sa porte-parole, il serait « mortellement dangereux de le laisser à l’hôpital non équipé à Omsk avec un diagnostic toujours pas fait ». De son côté, Léonid Volkov, son bras droit, a dénoncé une « décision politique et non pas médicale ». Il ajoute que les médecins « attendent que les toxines sortent et cessent d’être détectées dans le corps. Il n’y a ni diagnostic, ni analyse. La vie d’Alexeï est en grand danger. »

Les opposants au Kremlin souvent en danger

De son côté, le Kremlin, par la voix de son porte-parole, Dmitri Peskov, a souhaité à M. Navalny un « prompt rétablissement ». « Nous savons qu’il est dans un état grave. Comme à n’importe quel citoyen russe, nous lui souhaitons un prompt rétablissement. » Le président français Emmanuel Macron et la Chancelière allemande Angela Merkel, qui se sont rencontrés à Brégançon, lieu de villégiature des présidents français, ont offert « toute aide médicale » nécessaire. Ils se sont dits « extrêmement préoccupés » et bouleversés par la tournure que prennent les événements. Ils demandent « clarté » et « transparence » sur son état.

Ce n’est pas la première fois qu’Alexeï Navalny est victime d’une telle attaque. Déjà en 2017, en sortant de son bureau à Moscou, il avait été aspergé par un produit antiseptique dans les yeux. En 2019, alors qu’il purgeait une courte peine de prison, il avait été admis à l’hôpital à cause d’abcès sur le haut du corps. Il dénonçait un empoisonnement quand les autorités parlaient de « réaction allergique ». Très populaire chez les jeunes, il est régulièrement condamné à de la prison avec sursis pour des affaires de détournement de fonds qu’il juge politiques, car elles lui valent d’être inéligible jusqu’en 2028.

Avant lui, d’autres ont fait les frais de leur opposition au Kremlin. Ainsi, on se souvient de l’opposant Boris Nemtsov, tué par balles en 2015 devant le Kremlin, ou bien de Sergueï et Ioulia Skripal, un ex-agent double et sa fille retrouvés morts en Angleterre. Le Royaume-Uni avait affirmé qu’ils étaient morts par empoisonnement causé par un agent innervant de l’époque soviétique. En 2006, un autre ex-agent russe en exil avait été tué par du polonium 210, substance radioactive extrêmement toxique. À chaque fois, la Russie a nié son implication.

 Mise à jour le 22/08/2020 : L’hôpital d’Omsk a finalement autorisé le transfert d’Alexeï Navalny en Allemagne. L’opposant a atterri à Berlin le matin même.

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