
Pour la première fois, des scientifiques ont filmé la mise bas d’un cachalot, bien assistée dans cette tâche délicate par dix autres femelles, qui ont notamment formé un cercle protecteur autour de la mère.
Un degré d’assistance inattendu
Des drones ont immortalisé cette scène fascinante dans les eaux des Caraïbes en juillet 2023. Suivant un groupe de cachalots depuis près de deux décennies, les chercheurs ont remarqué que 11 femelles s’étaient rassemblées près de la surface. Quelques minutes plus tard, la nageoire caudale d’un baleineau a émergé du corps de la mère. Au cours de la demi-heure suivante, les « sage-femmes » ont synchronisé leurs mouvements afin de protéger la mère et son petit, maintenant ce dernier à la surface pour éviter qu’il ne se noie.
« Il s’agit des premières preuves d’un tel degré d’assistance lors de la mise bas chez des non-primates », souligne Shane Gero, co-auteur des nouvelles études publiées dans les revues Science et Scientific Reports. « On a longtemps pensé que ce type de comportement complexe était propre à l’espèce humaine. »
Comme l’explique le chercheur, chez ces cétacés, la hiérarchie sociale est caractérisée par un leadership féminin marqué, avec des connaissances transmises de génération en génération par les femelles. Dans le cas récemment décrit, la mère était assistée à la fois par sa propre génitrice, et des individus ne lui étant pas étroitement apparentés.
Lorsque des globicéphales à nageoires courtes sont arrivés dans la zone une vingtaine de minutes après la mise bas, l’équipe a observé des réactions défensives évidentes de la troupe de cachalots. « Il y avait en permanence au moins une femelle adulte entre le nouveau-né et les globicéphales, y compris sous l’eau », écrivent les chercheurs. « À plusieurs reprises, les femelles adultes ont montré les dents et donné des coups de tête en direction des globicéphales qui s’approchaient. »

Des changements inédits dans le style vocal global du groupe
L’analyse d’enregistrements sonores, capturés à l’aide de micros sous-marins, a également révélé des surprises aux chercheurs.
« Nous avons identifié des changements inédits dans le style vocal global du groupe à des moments clés : le début de la mise bas et les premières interactions avec les globicéphales », détaille Giovanni Petri, de la Northeastern University de Londres. « La combinaison des données acoustiques et des observations nous a permis de lier la communication de ces animaux à leurs actions. »
À l’heure actuelle, on ignore le sexe du petit. Mais de futures observations devraient permettre de l’établir. « Nous lui donnerons alors un nom », précise Gero. « Il est déjà réjouissant de constater qu’il a survécu à ses premières années de vie, critiques chez les cachalots et associées à des taux de mortalité remarquablement élevés. »
Fin 2025, des chercheurs avaient documenté la première naissance d’une orque à l’état sauvage, au large des côtes norvégiennes.