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Mouche mâle tentant de s’accoupler avec un cadavre de femelle infecté par E. muscae. Le champignon s’est développé à partir du segment arrière du corps et il est visible sous forme de grandes taches blanches d’où sont éjectées les spores — © Filippo Castelucci

Une équipe de scientifiques a récemment décrit la stratégie pour le moins morbide employée par un champignon pour assurer sa survie. Infectant les mouches femelles, cet organisme parasite pousse les mâles à s’accoupler avec leurs dépouilles.

Des champignons parasites se propageant des femelles aux mâles

Détaillés dans le ISME Journal, ces travaux menés par des chercheurs de l’université de Copenhague et de l’université suédoise des sciences agricoles ont impliqué l’observation de populations de mouches domestiques (Musca domestica) dont les femelles avaient été infectées par le champignon parasite Entomophthora muscae.

Environ six jours après l’infection initiale, l’équipe a constaté que E. muscae contrôlait le comportement des femelles, les amenant à rallier le point le plus élevé de leur environnement immédiat et à y dépérir. Peu de temps après la mort de ces dernières, le champignon a commencé à émettre des signaux chimiques appelés sesquiterpènes.

Ces signaux auraient agi comme des phéromones, attirant les mouches mâles qui se sont mises à copuler avec les cadavres. Ce faisant, les spores fongiques se sont propagées des femelles mortes aux mâles vivants, les infectant à leur tour. De façon assez écœurante, il s’est avéré que 73 % des mâles s’étaient accouplés avec des dépouilles de femelles ayant succombé à l’infection 25 à 30 heures plus tôt, quand 15 % seulement avaient jeté leur dévolu sur des femelles mortes depuis 3 à 8 heures.

Mouche
— Sebastian Janicki / Shutterstock.com

« Plus une mouche femelle est morte depuis longtemps, plus elle devient attirante pour les mâles. Cela s’explique par le fait que le nombre de spores fongiques augmente avec le temps, ce qui renforce l’intensité des fragrances séduisantes », explique Henrik H. De Fine Licht, co-auteur de l’étude.

Une stratégie similaire pour le Cordyceps

En 2017, des chercheurs avaient décrit une stratégie similaire pour le Cordyceps, ou « champignon zombificateur de fourmis ». Faisant notamment des ravages au Brésil, celui-ci pousse les insectes qu’il infecte à grimper sur la végétation surplombant la fourmilière, afin de diffuser au mieux ses spores. Il force ensuite la fourmi à rester solidement arrimée à la feuille, où elle finit par mourir.

Passé une période 4 à 10 jours, le Cordyceps se développe à l’intérieur et à l’extérieur de la carcasse de l’insecte mort. Des tiges finissent par émerger et libèrent des spores qui vont infecter d’autres fourmis, et ainsi de suite.

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