Une île perdue au centre de la mer d’Aral a longtemps caché un secret militaire vieux de plusieurs décennies. Pourtant, le retrait progressif des eaux a supprimé sa protection naturelle. Ce territoire abrite encore aujourd’hui les traces d’un programme d’armement bactériologique parmi les plus vastes de la guerre froide.

Une base militaire soviétique cachée derrière l’apparence d’une ville ordinaire au cœur de la mer d’Aral
En 1948, l‘URSS installe un centre de recherche militaire sur l’île de Vozrojdenia, en pleine mer d’Aral. Ce lieu isolé attire les autorités soviétiques pour son éloignement total. Six ans plus tard, la base prend le nom d’Aralsk-7 et reste active jusqu’en 1992.
Kantoubek, la ville qui abrite les employés, ressemble à une bourgade soviétique banale. Elle compte environ 1 500 habitants, une école et un bureau de poste. Pourtant, des laboratoires de haute sécurité et des zones d’expérimentation à ciel ouvert se cachent derrière cette façade.
Ce site fait partie du programme Biopreparat, longtemps resté secret aux yeux du monde. Le transfuge Ken Alibek, ancien responsable du programme, révèle son existence dans les années 1990. Ses révélations confirment l’ampleur du dispositif soviétique.
L’assèchement de la mer d’Aral relie l’île au continent et expose son passé militaire dès 2001
La mer d’Aral se réduit fortement à partir des années 1960. Les grands projets d’irrigation soviétique détournent les rivières vers les champs de coton. Peu à peu, les rivages reculent et laissent place au sel et à la poussière.
En 2001, le niveau de l’eau baisse assez pour relier l’île au continent. Ce changement survient peu après les attentats du 11 septembre et les attaques à l’anthrax aux États-Unis. Ainsi, l’accessibilité soudaine du site inquiète immédiatement les autorités occidentales.
Anthrax, peste et variole, l’héritage bactériologique resté enfoui pendant plus de quarante ans à Vozrojdenia
Pendant plus de quarante ans, les scientifiques soviétiques étudient des agents redoutés. Le bacille du charbon et la peste bubonique figurent parmi leurs priorités. Certains témoignages évoquent également des essais liés à la variole, plus rarement mentionnés.
Les chercheurs testent ces agents en plein air, directement sur des animaux exposés. Cette méthode brutale contamine durablement le sol de l’île. Après l’arrêt du programme en 1992, les autorités abandonnent une partie du matériel sans le neutraliser.
Ce retard laisse derrière lui une menace silencieuse, restée enfouie pendant plusieurs décennies. L’effondrement de l’URSS accélère cet abandon précipité du site en 1992. Personne ne prend alors le temps d’organiser une décontamination complète du complexe militaire.
Une décontamination américaine incomplète laisse planer le doute sur les risques persistants dans la région
Dès 2001, les États-Unis signent un accord avec l’Ouzbékistan pour sécuriser le site. En 2002, les équipes neutralisent entre 100 et 200 tonnes de bacille du charbon enfoui. Elles utilisent plusieurs tonnes d’eau de Javel en poudre pour cette opération.
Cette opération ne garantit pourtant aucune élimination totale du danger. L’île, partagée entre le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, garde une réputation sulfureuse. Le vent et le sable pourraient encore redistribuer des particules restées enfouies dans le sol.