© HurayforZay / Wikimédia Commons

Michael Rockefeller était l’héritier de la richissime famille Rockefeller. Mais en 1961, le jeune homme de 23 ans disparaît sans laisser aucune trace. Des décennies après, le mystère fut enfin résolu. Voici l’histoire de Michael Rockefeller, le jeune héritier qui rêvait d’art primitif, et s’est fait dévorer par une tribu anthropophage.

Première expédition en Nouvelle-Guinée néerlandaise

Michael Clark Rockfeller est né en 1938 et était le plus jeune fils du gouverneur de l’État de New York, Nelson Rockefeller. Diplômé d’Harvard et issu d’une dynastie de millionnaires, le destin de Michael Rockefeller était tout tracé. En effet, son père le prédestinait à rejoindre l’entreprise familiale. Pourtant, le jeune Rockefeller aspirait à d’autres choses. En 1957, Michael découvrit l’art primitif, lors de l’inauguration de la première exposition du Musée d’art primitif. L’art primitif aztèque, maya, nigérian, fascine Michael Rockefeller. Quelques années plus tard, diplômé, le jeune homme préside le conseil du Musée d’art primitif. C’est alors qu’il prit la décision de partir en Nouvelle-Guinée néerlandaise pour rapporter des artefacts.

C’est ainsi que Michael Rockefeller partit en expédition pour la première fois, à la rencontre du peuple dani. En effet, il alla en Nouvelle-Guinée en tant que preneur de son pour le documentaire Dead Birds, de Robert Gardner. Quelque temps après cette première expérience, le jeune Michael partit une nouvelle fois en expédition. Mais cette fois-ci plus au sud de l’île, à la rencontre du peuple asmat. Et ainsi, étudier leur art et constituer une collection.

Les Asmat

En 1960, Michael Rockefeller reprit donc la direction de la Nouvelle-Guinée néerlandaise. A cette époque, les autorités néerlandaises sont déjà présentes dans cette région depuis une petite dizaine d’années. Mais très peu d’Asmat avaient déjà vu un homme blanc. En effet, le peuple asmat n’avait que très peu de contact avec le monde extérieur. Ils pensaient que les terres au-delà de la Nouvelle-Guinée étaient habitées par des esprits. Ainsi, lorsque Michael Rockefeller et son équipe arrivèrent au village d’Otsjanep, ils furent considérés comme des êtres surnaturels, mais qui n’étaient pas réellement les bienvenus. Malgré le fait que les Asmat se laissèrent photographier, ils refusèrent de vendre à Rockefeller des objets culturels. Ces derniers faisant partie de rites religieux.

Durant cette expédition, Michael Rockefeller en apprit tout de même plus sur les us et coutumes des Asmat. En effet, les guerres entre villages étaient monnaie courante à cette époque, et certains guerriers asmat avaient l’habitude de manger et décapiter leurs ennemis. Mais il se livraient aussi à des rituels religieux qui pouvaient durer des mois, mélangeant transe, relations sexuelles, etc. A la fin de cette première expédition, Michael Rockefeller n’a plus qu’une idée en tête : retourner chez les Asmat et créer une collection d’art pour le musée de son père. En 1961, le jeune Rockefeller retourna en Nouvelle-Guinée néerlandaise, accompagné de l’anthropologue néerlandais, René Wassing.

La disparition de Michael Rockefeller

Le 19 novembre 1961, alors que le bateau de Michael Rockefeller approchait du village d’Otsjanep, une rafale de vent renversa l’embarcation. Les deux guides les accompagnant rejoignirent à la nage les côtes de l’île pour chercher de l’aide. Ainsi, 24 heures durant, l’embarcation dérive. L’aide tardant à venir, Michael Rockefeller prit la décision de rejoindre lui aussi les côtes de la Nouvelle-Guinée néerlandaise à la nage, et ce, malgré le fait que René Wassing ait tenté de l’en dissuader. Bien qu’ils soient à une quinzaine de kilomètres de la côte, Michael Rockefeller dit : « Je pense que je peux y arriver. » Plus personne ne le revit.

Malgré les recherches, les avions, les bateaux, tous les efforts mis en œuvre pour retrouver Michael Rockefeller, au bout de neuf jours, il n’y eut plus aucun espoir de retrouver le jeune homme en vie. Deux semaines plus tard, les recherches prirent fin, aucun corps n’avait été retrouvé et la cause de la mort de Michael Rockefeller fut officiellement déclarée comme étant une noyade en 1964. Cette histoire défraya la chronique, tout le monde allant de sa supposition : untel disait que Michael Rockefeller avait été dévoré par un requin, un autre qu’il vivait loin de tous dans la jungle de Nouvelle-Guinée. Mais nul ne connaissait réellement la vérité.

Le mystère enfin levé

Cinquante ans après la disparition de Rockefeller, la vérité fut enfin découverte. En effet, Carl Hoffman, journaliste pour National Geographic, révéla que Michael Rockefeller avait été dévoré par des Asmat. Dans Savage Harvest : A Tale of Cannibals, Colonialism and Michael Rockefeller’s Tragic Quest for Primitive Art, publié en 2014, il explique tout le processus de son enquête. Il partit donc en Nouvelle-Guinée collecter de nombreux documents, multiplia les rencontres avec des témoins, etc. Puis, il découvrit que toute cette histoire était en réalité des représailles. Effectivement, cet événement s’inscrit dans un engrenage complexe de violences.

En 1957, les villages d’Ostjanep et d’Omadesep s’affrontèrent. Les Néerlandais décidèrent de mettre un terme à ces violences avec une expédition punitive de Max Lapré, en 1958, tuant de nombreux Asmat. Ainsi, lorsque Michael Rockefeller s’est rapproché des côtes, des Asmat l’ont harponné, coupé la tête, fendu la tête et ont dévoré son corps et son cerveau. Son sang fut drainé et utilisé lors de rituels et ses os utilisés pour faire des armes.

Le plus étonnant dans cette histoire est qu’à l’époque des missionnaires néerlandais avaient entendu des Asmat parler du meurtre de Michael Rockefeller. Mais aussi que le policier, chargé d’enquêter sur la disparition de l’héritier, avait conclu qu’il avait été tué par les Asmat. Il avait même découvert un crâne qui, selon les Asmat, était celui de Michael. Seulement, il semblerait que tout cela ait été simplement étouffé. A cette époque, les Pays-Bas tenaient à démontrer que leur colonie était en ordre, de peur de devoir encore perdre une partie de l’île. Ils devaient prouver qu’il n’y avait plus de guerres tribales et qu’ils pouvaient contrôler la population indigène.

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