La mer de Chine est actuellement dévastée par l’une des pires marées noires de tous les temps

Le 6 janvier, un pétrolier iranien est entré en collision avec un navire céréalier chinois en pleine mer de Chine Orientale. Un incident qui a, dans un premier temps, incendié le tanker pendant une semaine puis qui, dimanche dernier, a provoqué son naufrage. Cet accident pourrait être synonyme de catastrophe majeure pour l’environnement, puisqu’une dangereuse marée noire se répand déjà…

 

Aucun survivant

Le Sanchi, nom donné à ce pétrolier iranien, est entré en collision avec un navire céréalier le 6 janvier 2018. Alors que le feu le gangrénait, de multiples explosions sont survenues ce dimanche et ont provoqué le naufrage total du navire.

Il abritait pas moins de 136 000 tonnes de condensats, un type d’hydrocarbures légers. Il faut ajouter à cette cargaison les 1000 tonnes de diesel (2000 tonnes au début de son voyage) qui lui permettaient de se déplacer, mais aussi les 32 membres d’équipage. Sur les 30 Iraniens et les 2 Bangladais qui s’occupaient du navire, seuls 3 corps sans vie ont été retrouvés suite au naufrage.

« IL N’Y A AUCUN ESPOIR DE RETROUVER DES SURVIVANTS »

Le porte-parole de l’équipe de secours iranienne, Mohammad Rastad, a déclaré que « les membres d’équipage du navire ont été tués dans l’heure qui a suivi l’accident à cause de la puissance de l’explosion et des émanations de gaz. ». Et de continuer : « Malgré nos efforts, il n’a pas été possible d’éteindre les flammes et de récupérer les corps à cause des explosions répétées et des émanations de gaz […] Il n’y aucun espoir de retrouver des survivants […] Les deux tiers du pétrolier ont coulé, le feu s’est propagé et entoure totalement le navire et on ne peut plus s’en approcher. »

 

Une marée noire immense

Qui dit pétrolier qui coule, dit marée noire. Et l’addiction de l’Homme aux hydrocarbures pourrait bien encore une fois coûter la vie à nombre d’organismes vivants. En seulement 39 ans, les océans ont eu droit aux catastrophes de Deepwater Horizon (soit 835 500 tonnes d’hydrocarbures déversées dans le Golfe du Mexique), d’Ixtoc 1 (470 000 tonnes minimum), de l’Atlantic Empress (287 000 tonnes), de Nowruz (260 000 tonnes) et du Castillo de Bellver (170 000 tonnes). Et cette liste est tout sauf exhaustive puisque de nombreuses autres marées noires sont survenues, toutes plus mortelles les unes que les autres.

Les conséquences d’une marée noire sont dévastatrices : elles perturbent la faune et la flore marines, en asphyxiant les animaux qui se trouvent dans la zone de déversement des hydrocarbures, en infectant leurs organismes, en perturbant leur métabolisme, en endommageant les paysages touristiques, en affectant la pêche… Mais si le porte-parole du ministère des Affaires Étrangères chinois Lu Kang a affirmé que « le travail d’élimination de la pollution est l’un de nos objectifs » et que « personne ne veut assister à une nouvelle catastrophe de grande ampleur », il est évident que le naufrage du Sanchi est un désastre qui va durablement affecter la planète…

 

Pékin essaye de rassurer, contrairement aux spécialistes

L’Administration océanique d’État chinoise a repéré, via le déploiement d’avions de surveillance, trois nappes d’hydrocarbures distinctes, mesurant jusqu’à 18,2 kilomètres de long. Pour autant, selon Pékin, les condensats (un type d’hydrocarbures gazeux très légers, qui se condensent une fois refroidis) auront « moins d’impact sur l’océan » que les autres types de pétrole et un impact « minime » sur l’Homme au vu de l’éloignement de la catastrophe (à 300 km à l’est de Shanghai).

Les condensats, au lieu de former une nappe en surface, constituent un nuage toxique qui flottent entre deux eaux. Selon le militant écologiste Ma Jun qui s’est entretenu avec le quotidien Global Times, ils « empoisonnent la faune sous-marine ». Quant à Richard Steiner, spécialiste des marées noires basé en Alaska, il affirme que les cétacés, les poissons, les oiseaux et le plancton qui entrent en contact avec des condensats peuvent développer des maladies et même devenir stériles. Et au vu du nombre d’animaux marins dans la région, les conséquences de ce rejet d’hydrocarbures risquent d’être dévastatrices… M. Steiner continue en statuant qu’aucune institution n’a évalué scientifiquement le naufrage du Sanchi : « Comme personne [ne l’a fait], les gouvernements comme les propriétaires du bateau vont pouvoir dire que les dégâts sont limités ». Quant à la branche japonaise de Greenpeace, elle assure que « les risques pour l’environnement sont énormes ; des leçons doivent être tirées. »

L’Amoco Cadiz, un pétrolier qui a coulé en 1978 près des côtes bretonnes.

Se vouloir libre, c’est aussi vouloir les autres libres.

— Simone de Beauvoir