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Le mécanisme d’Anticythère prédisait les éclipses il y a 2 000 ans, et son calendrier intrigue toujours les chercheurs

Retrouvé en 1901 dans une épave grecque, le mécanisme d’Anticythère est souvent présenté comme le plus ancien calculateur analogique connu. Ses engrenages de bronze reproduisaient les cycles du Soleil, de la Lune et des planètes. En 2024, une équipe écossaise a apporté un nouvel éclairage sur son calendrier.

Fragments de bronze corrodés vert-de-gris d'un mécanisme antique à engrenages, posés sur un fond noir de musée sous un éclairage rasant
Retrouvé en 1901 dans une épave, le mécanisme d’Anticythère compte une trentaine d’engrenages conservés. Il calculait les cycles du Soleil, de la Lune et les éclipses. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Repêché en 1901 au large d’Anticythère, le bloc de bronze corrodé a mis des décennies à livrer son secret

En 1900, des pêcheurs d’éponges grecs découvrent une épave au large de l’île d’Anticythère, entre la Crète et le Péloponnèse. Les plongées de 1901 ramènent des statues, des amphores et un bloc de bronze rongé par la mer, d’abord peu remarqué. Ce n’est qu’en 1902 que l’archéologue Valerios Stais y repère une roue dentée.

L’objet, aujourd’hui conservé au Musée archéologique national d’Athènes, se compose de 82 fragments et ne représente qu’une partie de l’appareil d’origine. Sa fabrication est généralement située entre le IIe et le Ier siècle avant notre ère, bien que la datation exacte reste débattue. Par conséquent, son étude a nécessité plus d’un siècle de radiographies et de reconstitutions, dans la lignée d’autres instruments astronomiques antiques.

Une trentaine d’engrenages en bronze, dont l’un compte 223 dents, reproduisaient les cycles du Soleil et de la Lune

Les tomographies à rayons X réalisées au milieu des années 2000 ont révélé une trentaine d’engrenages conservés. Le plus grand compte 223 dents, un nombre qui correspond aux 223 mois lunaires du cycle de Saros, utilisé pour prévoir les éclipses. Ainsi, en tournant une manivelle, l’utilisateur faisait avancer simultanément plusieurs cadrans astronomiques.

Le mécanisme indiquait la position du Soleil et de la Lune dans le zodiaque, ainsi que les phases lunaires. De plus, il permettait d’anticiper les éclipses et de suivre le calendrier des grands jeux panhelléniques, dont les Jeux olympiques. Selon les reconstitutions les plus récentes, il affichait aussi le mouvement des cinq planètes visibles à l’œil nu.

En 2024, des spécialistes des ondes gravitationnelles de Glasgow ont estimé que l’anneau du calendrier comptait 354 trous

L’un des débats concernait l’anneau du calendrier, dont une grande partie a disparu. Des images publiées en 2020 avaient révélé une série de petits trous sous cet anneau, mais leur nombre total restait incertain. Les estimations allaient alors de 347 à 367.

En 2024, Graham Woan et Joseph Bayley, de l’université de Glasgow, ont publié leurs calculs dans la revue Horological Journal. En s’appuyant sur des statistiques bayésiennes et des outils issus de la détection des ondes gravitationnelles, ils concluent que l’anneau comportait très probablement 354 trous. Ce chiffre correspond à une année lunaire, plutôt qu’aux 365 jours du calendrier solaire égyptien.

Cependant, tous les spécialistes ne partagent pas cette interprétation. Le président du projet de recherche consacré au mécanisme juge le décompte solide, mais doute qu’il traduise forcément un calendrier lunaire.

Aucun instrument aussi complexe n’apparaît en Europe avant les horloges astronomiques médiévales, mille ans plus tard

Rien dans les collections antiques ne rivalise avec ce dispositif. En effet, il faut attendre les horloges astronomiques médiévales, plus d’un millénaire plus tard, pour retrouver en Europe des engrenages d’une telle sophistication. Cette absence intrigue les historiens des sciences depuis des décennies.

Plusieurs auteurs antiques, dont Cicéron, évoquent pourtant des sphères mécaniques attribuées à Archimède ou à Posidonios. Dès lors, le mécanisme d’Anticythère n’était sans doute pas un objet unique, mais le seul survivant d’une tradition technique disparue. Le bronze, souvent refondu, a pu effacer la plupart des autres exemplaires.

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