En 1978, l’Autriche termine la construction d’un réacteur atomique ultra moderne près de Vienne. Pourtant, la structure ne produira jamais la moindre électricité. Un simple vote populaire a stoppé net ce projet gigantesque, transformant l’ensemble industriel en un lieu inédit.

La construction d’un réacteur géant au bord du Danube a coûté plus d’un milliard d’euros
Au début des années 1970, l’Autriche souhaite garantir son indépendance énergétique grâce à l’atome. Un groupement de compagnies d’électricité lance le chantier à Zwentendorf an der Donau, une commune située à cinquante kilomètres de la capitale. Siemens conçoit un réacteur à eau bouillante d’une puissance totale de 730 mégawatts.
Le chantier s’achève en 1978 après six ans de travaux intenses. Les contribuables financent l’opération pour un montant équivalent à 1,3 milliard d’euros actuels. Les autorités prévoyaient alors de bâtir plusieurs installations similaires afin d’alimenter six millions de foyers à travers tout le territoire national.
Le référendum historique du 5 novembre 1978 a scellé le sort de la centrale à quelques voix près
Face à l’émergence des contestations écologistes et des étudiants, le chancelier social-démocrate Bruno Kreisky choisit d’organiser un référendum populaire. Le gouvernement défend l’infrastructure au nom de la souveraineté électrique après la crise pétrolière. Cependant, la population rejette l’ouverture du site avec 50,5 % des voix exprimées.
Cette décision à une courte majorité sépare les deux camps de seulement quelques milliers de bulletins. La participation atteint 64 %, démontrant le fort intérêt des citoyens pour cet enjeu de société. Le résultat bloque immédiatement la mise en service du réacteur pourtant prêt à fonctionner.
Dans la foulée, les parlementaires adoptent la loi Atomsperrgesetz interdisant l’énergie nucléaire commerciale dans le pays. Cette orientation est renforcée en 1999 par un texte inscrit dans la Constitution. Pour combler ce déficit de production, l’État fait construire la centrale thermique de Dürnrohr sur le même réseau.
La reconversion du site sans radioactivité offre un terrain d’entraînement unique au monde
En 2005, la société d’électricité EVN rachète les installations pour leur donner un nouvel usage. Le bâtiment n’ayant jamais hébergé de matière radioactive, les techniciens peuvent explorer et démonter les équipements en toute sécurité. Certaines pièces d’origine servent même à réparer des installations nucléaires allemandes.
Cette configuration exceptionnelle attire des spécialistes venus de toute l’Europe. Les équipes s’exercent aux procédures de maintenance directement sur des machines grandeur nature, sans contrainte de décontamination. Cet espace permet des formations techniques impossibles à réaliser au sein d’une centrale en activité.
Des panneaux solaires et des événements culturels occupent désormais l’ancienne infrastructure
L’opérateur franchit une nouvelle étape en 2009 en implantant une centrale photovoltaïque sur le périmètre pour un coût de 1,2 million d’euros. Même si les volumes d’électricité générés demeurent modestes, le symbole reste fort. Le sous-sol autrefois destiné à l’atome produit désormais une énergie renouvelable.
Le complexe ouvre également ses portes aux visiteurs curieux lors de visites guidées récurrentes. Les réalisateurs y tournent des films tandis que des organisateurs y planifient des festivals de musique. Des aménagements spécifiques préservent aussi la faune locale, notamment les oiseaux nichant dans les structures métalliques.
Cinq décennies plus tard, cette usine fantôme incarne un exemple marquant dans les débats énergétiques européens. Elle illustre comment un choix citoyen peut réorienter la stratégie d’une nation. Le site de Zwentendorf demeure le témoin d’une transition industrielle imprévue.
Par Eric Rafidiarimanana, le
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