Des lésions cérébrales dites « irréversibles » causées par la sclérose en plaques ont pu être traitées

Les chercheurs de l’Université de Californie à San Francisco ont fait une étonnante découverte : un antihistaminique prescrit depuis 40 ans dans le traitement des allergies permet de réparer des lésions cérébrales causées par la sclérose en plaque !

 

La démyélinisation 

Le cerveau humain est parcouru de millions de fibres nerveuses renforcées par la myéline, une substance qui assure la bonne transmission des signaux électriques d’un neurone à l’autre. C’est cette membrane protectrice que la sclérose en plaque va ronger : à mesure que la maladie se répandra, la transmission de l’influx nerveux s’altérera, provoquant à terme des dégâts physiques (raideurs, difficultés de déplacements) et psychologiques (troubles de la mémoire). La déréliction de ce manteau protecteur inhérent à la sclérose en plaque porte un nom : la démyélinisation. Cet inexorable processus de destruction peut être ralenti mais pas stoppé, d’autant que les dégâts qu’il laisse dans son sillage passent pour irréversibles. Enfin ça, c’était avant.

Le Dr. Ari Green et son équipe de l’Université de Californie sont parvenus à réaliser l’impensable : réparer des lésions cérébrales provoquées par la sclérose en plaque ! Les résultats de leur essai clinique de phase 2 sont concluants et ont été publiés dans la revue médicale The Lancet le 10 octobre 2017 – la phase 1 représente un essai mené sur des sujets sains. Le succès de l’expérience tient en 3 mots : fumarate de clémastine. Cet antihistaminique prescrit depuis maintenant quatre décennies est une référence dans le traitement d’allergies en tous genres : rhume des foins, urticaire… Et bientôt remède aux lésions de myéline ?

Une première détonante

Le Dr. Green se réjouit d’une telle prouesse : « Pour autant qu’on sache, c’est la première fois qu’une thérapie permet d’inverser les lésions causées par la sclérose en plaque. ». Il faut dire que le praticien n’a pas ménagé ses efforts : les conditions méthodologiques de l’expérience ont été d’une rigueur à toute épreuve. Il a choisi 50 patients dont la moyenne d’âge tournait autour des 40 ans, tous souffrant de névritique optique – des troubles de la vision dus aux lésions du nerf optique – et tous rongés par la sclérose en plaque depuis plusieurs années. Jonah R. Chan, un autre investigateur de l’étude, se remémore le scepticisme de ses pairs : « Les gens nous pensaient complètement fous de lancer un tel essai, car ils croyaient qu’un médicament comme celui-ci ne pouvait éventuellement être efficace que chez des patients récemment diagnostiqués. »

« Ce n’est pas un remède, mais c’est un premier pas vers un rétablissement des fonctions cérébrales chez les millions de personnes atteintes de cette maladie chronique débilitante. »

Dr. Ari Green

Afin d’optimiser les chances de réussite, l’équipe de l’Université de Californie a conduit l’essai clinique en double aveugle : ni les médecins ni les patients ne pouvaient distinguer le placebo du principe actif. Au terme des cinq mois d’expérience, les praticiens ont comparé l’état des névrites optiques pré-traitement, et post-traitement. Le constat est sans appel : les scientifiques remarquent une nette amélioration du délai de transmission des messages électriques via les neurones; une preuve de l’efficacité du fumarate de clémastine dans la réparation de la myéline.

Le fait d’avoir pu agir aussi concrètement sur des malades de longue date insuffle un nouvel espoir à Jonah R. Chan : « Intuitivement, si la démyélinisation est récente, les chances de réparation sont plus importantes. Pourtant, chez les patients choisis pour l’essai, la maladie progressait depuis plusieurs années, et nous avons obtenu des preuves solides de cette réparation. »


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