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Les scientifiques filment des milliers de fûts radioactifs ouverts par 5 000 mètres de fond dans l’Atlantique

À près de 5 000 mètres sous l’eau, l’océan Atlantique conserve les traces de notre passé industriel. La mission scientifique Nodssum vient de confirmer la rupture de conteneurs nucléaires immergés au siècle dernier. Les premières images révèlent une fuite radioactive directe et une colonisation biologique inédite.

Un fût radioactif fortement corrodé et éventré repose sur le fond de l’Atlantique, colonisé par des organismes marins des abysses.
Un ancien fût de déchets radioactifs, rongé par la corrosion et partiellement ouvert, repose sur la plaine abyssale tandis que des organismes marins colonisent sa surface. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Une pollution nucléaire sous-marine accumulée pendant plusieurs décennies par trois pays européens

Entre 1949 et 1982, plusieurs nations ont jeté plus de 200 000 fûts métalliques dans l’Atlantique Nord-Est. Ces réceptacles de 200 litres contenaient des résidus radioactifs enrobés de béton ou de bitume. Les autorités de l’époque cherchaient ainsi à sceller la matière avant l’immersion.

Le Royaume-Uni a mené 34 opérations pour immerger 140 000 conteneurs. De son côté, la Belgique a évacué 55 000 barils. La France en a rejeté 46 000 lors de deux campagnes. Les navires basculaient ces charges directement par-dessus bord vers des zones immergées à plus de 4 700 mètres.

Les robots puis les chercheurs constatent la détérioration des fûts au fond de la plaine abyssale

En 2025, le CNRS lance l’expédition Nodssum sur le navire L’Atalante pour localiser les rejets sur 14 500 km². Le robot autonome Ulyx effectue 16 plongées et parcourt 800 kilomètres. Ses capteurs photographient 3 355 réceptacles partiellement ensevelis sous la vase.

Cette première cartographie couvre environ 165 kilomètres carrés du plancher océanique. Les scientifiques collectent alors 5 000 litres d’eau et réalisent 345 carottages du sol. Par ailleurs, les équipes capturent 34 spécimens de la faune locale pour engager de premières observations.

Entre mai et juin 2026, la mission déploie le sous-marin habité Nautile depuis le navire Pourquoi pas ?. Les chercheurs descendent directement dans le noir absolu à près de 4 700 mètres. Ils observent l’état réel des cylindres métalliques avec leurs propres yeux.

Des mesures radiologiques anormales confirment la fuite des conteneurs parmi la faune des profondeurs

Les caméras du submersible montrent des structures très dégradées sous l’effet du sel et de la pression. L’enveloppe de béton et de bitume s’est fissurée sur de nombreux spécimens. Par conséquent, les barils ne retiennent plus l’ensemble des matières radioactives stockées.

Les instruments embarqués détectent une activité radioactive supérieure aux prévisions. La présence nette de radionucléides spécifiques confirme que le confinement a cédé après quatre à cinq décennies. Les enveloppes conçues pour résister vingt ans montrent désormais leurs limites.

Malgré la contamination, la vie marine colonise ces débris industriels. Des anémones et concombres de mer fixent leurs structures sur le métal corrodé. De plus, des amphipodes et des grenadiers nagent autour de ces vestiges nucléaires devenus un habitat artificiel.

Des analyses internationales en laboratoire doivent désormais évaluer la dispersion dans les océans

Après le retour des navires, le travail des chercheurs se poursuit à terre. Des équipes de France, d’Allemagne, de Norvège et d’Espagne examinent les échantillons de sédiments et d’eau. L’objectif vise à quantifier les radionucléides et mesurer leur propagation réelle.

Cette étude abyssale s’inscrit dans un enjeu environnemental mondial. D’autres cimetières nucléaires sous-marins existent en mer du Nord, en Arctique ou dans le Pacifique. Les protocoles mis au point par le CNRS serviront ainsi à évaluer ces différentes zones d’immersion.

Par Eric Rafidiarimanana, le

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