Le décret est passé presque inaperçu. Le 26 décembre 2025, le gouvernement a repoussé de trois ans l’obligation d’équiper les logements existants d’un thermostat programmable : de janvier 2027 à janvier 2030. Les bâtiments neufs, eux, restent tenus par l’échéance du 1er janvier 2027. Neuf mois plus tard, la plupart des pages françaises consacrées au sujet annoncent toujours une obligation en 2027 pour tout le monde.
Ce report dit deux choses. La première est administrative : la filière n’était pas en mesure d’équiper trente millions de logements en dix-huit mois, et la mesure aurait produit une pénurie et une flambée des tarifs de pose. La seconde est plus intéressante pour un occupant : rien ne vous oblige à acheter quoi que ce soit cet hiver. La question redevient donc économique combien ça rapporte, en combien de temps et plus du tout réglementaire.
Ce dossier est le deuxième volet de notre série chauffage. Le premier portait sur ce qui ne coûte rien et sur le coût réel comparé des énergies de chauffage ; celui-ci porte sur les équipements de pilotage, avec les gains chiffrés selon le point de départ. Parce que c’est le point que les brochures escamotent : le thermostat ne fait pas gagner un pourcentage fixe. Il fait gagner ce que votre installation actuelle laisse perdre.
Toutes les valeurs qui suivent partent de deux factures de référence : une maison au gaz consommant 12 000 kWh de chauffage par an, soit environ 2 065 € au prix repère en vigueur depuis le 1er septembre 2026, et une maison tout électrique consommant 9 000 kWh de chauffage, soit environ 1 814 €. Adaptez au prorata de votre propre facture.

Ce que dit exactement l’obligation, et ce qu’elle n’exige pas
Un décret de juin 2023 avait posé le principe : tous les bâtiments équipés d’un système de chauffage ou de refroidissement doivent disposer d’un dispositif de régulation automatique de la température. Le décret n° 2025-1343 du 26 décembre 2025 en a décalé l’application aux logements existants.
| Situation | Échéance |
|---|---|
| Bâtiments neufs | 1er janvier 2027 |
| Bâtiments existants logements individuels, copropriétés, tertiaire | 1er janvier 2030 |
Le niveau d’exigence est modeste. Le dispositif doit permettre une régulation par pièce ou par zone de chauffage, et proposer au minimum quatre allures : confort, réduit, hors gel, arrêt. Un thermostat programmable filaire à 120 € coche ces cases. Il n’est écrit nulle part qu’il faut une passerelle, une application ou un abonnement.
La charge incombe au propriétaire, occupant ou bailleur ; l’entretien revient à l’occupant. Et une clause de sortie existe : l’installation peut être écartée quand elle n’est pas « techniquement et économiquement réalisable », notamment lorsque le temps de retour sur investissement dépasse dix ans ou quand l’équipement de chauffage n’a pas d’alimentation automatisée en combustible un poêle à bûches, typiquement.
Aucune sanction n’est prévue pour un particulier qui ne s’équiperait pas. Le levier réel est ailleurs : le diagnostic de performance énergétique, la valeur du bien à la revente, et l’éligibilité aux aides à la rénovation. Traiter le sujet comme une contrainte administrative fait manquer le cœur du raisonnement, qui est un raisonnement de facture.
Les 15 % de l’ADEME : ce que le chiffre recouvre
L’agence annonce « jusqu’à 15 % » d’économies de chauffage avec un thermostat programmable. Le chiffre est repris partout, presque toujours sans son mot le plus important : jusqu’à.
Ces 15 % se mesurent par rapport à un logement dépourvu de toute régulation chaudière réglée à la main, radiateurs ouverts en permanence, température subie. C’est le point de départ le plus défavorable, et c’est de moins en moins le cas courant. Le gain réel dépend entièrement de ce qui est déjà en place.
| Point de départ | Gain attendu | Maison gaz 12 000 kWh | Maison électrique 9 000 kWh |
|---|---|---|---|
| Aucune régulation : chaudière seule, robinets manuels | 12 à 15 % | 247 à 309 €/an | 217 à 272 €/an |
| Thermostat d’ambiance non programmable | 6 à 10 % | 123 à 206 €/an | 108 à 181 €/an |
| Thermostat programmable installé mais jamais programmé | 8 à 12 % | 165 à 247 €/an | 145 à 217 €/an |
| Programmation correcte déjà en place | 2 à 4 % | 41 à 82 €/an | 36 à 72 €/an |
La troisième ligne est celle qui mérite qu’on s’y arrête. Un thermostat programmable installé et laissé en mode manuel ne rapporte rien. On voit régulièrement des installations récentes, correctement posées, dont personne n’a jamais ouvert le menu de programmation. Dans ce cas précis, le gain de 165 à 247 € par an s’obtient en vingt minutes, avec le matériel déjà au mur, sans dépenser un euro. C’est le meilleur rapport effort/résultat de tout ce dossier, et il ne se vend pas.
La quatrième ligne mérite la même honnêteté dans l’autre sens : si votre chauffage est déjà programmé correctement, remplacer un boîtier filaire par un modèle connecté ne rapportera pas grand-chose. Le confort d’usage, oui. La facture, marginalement.
Les équipements, avec leur temps de retour réel
Hypothèse retenue pour ce tableau : un logement au gaz équipé d’un thermostat non programmable, soit le cas le plus fréquent, avec un gain médian de 8 %.
| Équipement | Prix matériel | Gain estimé | Retour |
|---|---|---|---|
| Thermostat programmable filaire | 90 à 180 € | ~165 €/an | moins d’un an |
| Thermostat connecté | 180 à 280 € | ~165 €/an | 1,4 an |
| Têtes thermostatiques connectées, 8 radiateurs + passerelle | 550 à 700 € | ~165 à 250 €/an | 3 à 4 ans |
| Sonde extérieure et loi d’eau (chaudière compatible) | 350 à 500 € posé | ~200 €/an | 2 à 2,5 ans |
Deux avertissements sur ces chiffres. Ils supposent une pose en autonomie sur un thermostat sans fil comptez 150 à 300 € de main-d’œuvre pour une installation filaire par un professionnel, ce qui double le temps de retour du premier poste. Et ils supposent une programmation réellement utilisée, ce qui nous ramène au paragraphe précédent.
Le cas de la sonde extérieure est particulier et sous-estimé. Sur une chaudière compatible, elle ajuste la température de l’eau du circuit à la température extérieure plutôt que de la maintenir à une consigne fixe. Sur une installation à radiateurs correctement dimensionnée, c’est souvent le poste le plus rentable après la programmation et personne n’en parle parce qu’il ne se vend pas en grande surface. Nos essais et notre dossier sur les thermostats connectés détaillent les compatibilités par marque de chaudière.
La règle du degré, et ses limites
Un degré de moins sur la consigne, environ 7 % de consommation de chauffage en moins : c’est la règle de référence de l’ADEME, et elle tient. Sur nos deux factures types, un degré vaut 145 € par an au gaz et 127 € par an à l’électrique.
C’est considérable, et c’est pour cette raison que la consigne prime sur le matériel. Passer de 21 à 19 °C dans les pièces de vie rapporte davantage que n’importe quel boîtier et se fait le soir même.
Les limites de la règle, rarement énoncées : elle vaut sur une consigne moyenne, pas sur un abaissement ponctuel. Elle suppose un logement dont l’inertie permet effectivement de descendre. Et elle atteint une frontière physique autour de 16 °C en occupation, en dessous de laquelle l’humidité relative augmente au point de favoriser les condensations sur les parois froides. Descendre une pièce à 14 °C pour économiser, puis y voir apparaître des moisissures dans un angle, est un mauvais calcul complet.

Le réduit de nuit : la nuance que l’inertie impose
« Baissez de 3 °C la nuit » est un conseil universel qui devient faux sur une partie des installations. Il faut distinguer selon l’inertie du système.
Radiateurs à eau ou convecteurs électriques, logement peu inertiel. Le réduit fonctionne parfaitement. La température descend vite, remonte vite, l’économie est réelle. Réduit de 3 °C sur huit heures : gain net.
Plancher chauffant, pompe à chaleur, logement très inertiel. Le réduit profond est contre-productif. Le système met des heures à redescendre, des heures à remonter, et la remontée s’effectue au moment le plus défavorable le petit matin, quand la température extérieure est au plus bas et le rendement de la pompe à chaleur au plus faible. Sur ces installations, un réduit de 1 à 1,5 °C maximum, ou une consigne constante, donne un meilleur résultat qu’un abaissement marqué.
C’est probablement l’erreur la plus répandue chez les propriétaires de pompe à chaleur récente, qui appliquent un réflexe hérité de la chaudière et constatent une facture qui ne baisse pas. Le pilotage d’une pompe à chaleur consiste à lisser, pas à alterner.
Pour les absences en revanche, la règle est stable quelle que soit l’installation : 18 °C pour une nuit ou une journée hors du logement, 16 °C au-delà de vingt-quatre heures, 14 à 16 °C pour une absence de plus de trois jours. En dessous, on paie la remontée plus cher que ce qu’on a économisé.
Ce qui ne marche pas
Fermer complètement les radiateurs des pièces inoccupées. Le raisonnement paraît imparable et il est faux dans une maison. Une pièce non chauffée devient un puits froid : elle prélève de la chaleur sur les pièces voisines à travers les cloisons, ce qui augmente leur consommation, et ses parois froides deviennent des points de condensation. La consigne utile pour une chambre d’amis ou un bureau inoccupé est 16 °C, pas 0.
Couper le chauffage en journée dans une maison bien isolée. Sur un bâtiment récent, la déperdition sur huit heures est faible et la remontée coûte l’équivalent de ce qui a été économisé. Le réduit reste utile, la coupure ne l’est pas.
Multiplier les têtes thermostatiques connectées sur tous les radiateurs. C’est la dépense la plus facile à surdimensionner. Huit têtes à 70 € plus une passerelle représentent 600 € et un temps de retour de trois à quatre ans, pour un gain qui se concentre en réalité sur trois ou quatre pièces celles dont l’usage varie. Équiper la cuisine, la salle de bain et les chambres a du sens ; équiper le couloir n’en a aucun.
Compter sur l’application pour faire le travail. Les fonctions de géolocalisation et d’apprentissage automatique fonctionnent, mais leur apport sur la facture est marginal comparé à une programmation hebdomadaire correcte. Elles vendent du confort, pas des kilowattheures.

Piloter au-delà du thermostat
Deux leviers dépassent le simple réglage de température et méritent d’être évalués cet automne.
Le premier est tarifaire. Pour un logement chauffé à l’électricité, le pilotage horaire pèse autant que le pilotage thermique : décaler la chauffe, l’eau chaude et les gros usages vers les heures creuses change la facture sans changer le confort. On a chiffré les seuils de bascule entre les options Base, Heures creuses et Tempo dans notre comparatif des options tarifaires avec un résultat contre-intuitif : le seuil de rentabilité de l’option heures creuses se situe autour de 25 % de la consommation déplacée, et Tempo convient mieux aux petits consommateurs qu’aux maisons chauffées à l’électricité.
Le second est l’effacement. Des dispositifs comme celui que nous avions examiné dans notre dossier sur Voltalis pilotent les radiateurs électriques par micro-coupures pour lisser les pointes du réseau, sans coût d’installation pour l’occupant. Le gain annoncé est réel mais modeste, et le vrai sujet est la contrepartie : un tiers pilote une partie de votre chauffage et exploite les données associées. Ça se décide en connaissance de cause, pas sur la seule mention « gratuit ».
Enfin, pour un logement au chauffage électrique, le remplacement des convecteurs anciens par des radiateurs à inertie pilotables se justifie sur le confort et la régulation davantage que sur le rendement — un convecteur et un radiateur à inertie transforment tous deux un kilowattheure en un kilowattheure de chaleur. Le gain vient de la régulation fine et de la stabilité de température, pas d’un rendement supérieur, comme on l’avait détaillé dans notre analyse des radiateurs dits économiques.
Questions fréquentes
Le thermostat programmable est-il obligatoire en 2027 ?
Pour les bâtiments neufs, oui, au 1er janvier 2027. Pour les logements existants, l’échéance a été repoussée au 1er janvier 2030 par le décret n° 2025-1343 du 26 décembre 2025. Beaucoup de pages en ligne annoncent encore 2027 pour tout le monde.
Combien fait-on d’économies avec un thermostat programmable ?
Entre 2 et 15 % selon le point de départ. Le maximum de 15 % annoncé par l’ADEME correspond à un logement sans aucune régulation. Avec un thermostat d’ambiance non programmable existant, le gain réaliste est de 6 à 10 %, soit 123 à 206 € par an sur une facture gaz de 2 065 €.
Faut-il baisser le chauffage la nuit avec une pompe à chaleur ?
Faiblement, ou pas du tout. Un réduit profond fait remonter la température au petit matin, quand la température extérieure est la plus basse et le rendement de la pompe à chaleur le plus faible. Sur ces installations, un réduit de 1 à 1,5 °C ou une consigne constante donne un meilleur résultat qu’un abaissement de 3 °C.
Quelle température dans une pièce inoccupée ?
16 °C, pas 0. Une pièce non chauffée prélève de la chaleur sur les pièces voisines à travers les cloisons et ses parois froides deviennent des points de condensation, avec un risque de moisissures. La coupure totale n’est justifiée que pour un local non attenant aux pièces de vie.
Les têtes thermostatiques connectées valent-elles leur prix ?
Sur trois ou quatre pièces dont l’usage varie, oui : le temps de retour tourne autour de trois ans. Sur l’ensemble d’un logement, non : huit têtes et une passerelle représentent environ 600 € pour un gain qui se concentre sur quelques pièces. Équiper les chambres, la cuisine et la salle de bain suffit.
Un degré de moins fait-il vraiment 7 % d’économies ?
Oui, c’est la règle de référence de l’ADEME et elle tient sur une consigne moyenne annuelle. Concrètement, un degré vaut environ 145 € par an sur une facture gaz de 2 065 € et 127 € sur une facture électrique de 1 814 €. La limite se situe vers 16 °C en occupation, en dessous desquels le risque de condensation augmente.

L’ordre dans lequel s’y prendre
Ce week-end, gratuitement : ouvrir le menu de programmation du thermostat déjà installé et y écrire une semaine type. Puis descendre la consigne des pièces de vie d’un degré et attendre trois jours avant de juger. Ces deux gestes couvrent la majorité du gain disponible et ne coûtent rien.
Avant décembre, si aucune régulation n’existe : un thermostat programmable, filaire ou sans fil, à 90-180 €. Le temps de retour est inférieur à une saison de chauffe. Le connecté se justifie si les horaires de présence sont irréguliers ; sinon le filaire fait le même travail sur la facture.
L’an prochain, si le budget le permet : les têtes thermostatiques sur les trois ou quatre pièces à usage variable, et la sonde extérieure si la chaudière l’accepte. Dans cet ordre, pas l’inverse.
Ce qu’on ne ferait pas : acheter un système complet de régulation pièce par pièce en septembre pour anticiper une obligation qui ne s’applique pas avant 2030, sur un logement où la programmation existante n’a jamais été utilisée. C’est dépenser 600 € pour obtenir un résultat qui était disponible en vingt minutes.
Le troisième volet de cette série portera sur l’isolation des points singuliers combles perdus, boîtiers électriques, jonctions menuiseries et sur ce que les aides couvrent réellement après les restrictions entrées en vigueur au 1er septembre 2026.
Par Antoine - Daily Geek Show, le
Étiquettes: thermostat, Thermostat intelligent
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