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Le revers de Jeff Bezos : New Glenn condamne un satellite géant à la rentrée

Le lancement du 19 avril de la fusée New Glenn a raté son rendez-vous avec l’orbite cible. Le satellite BlueBird 7 d’AST SpaceMobile est condamné à se désintégrer dans les semaines à venir. C’est le premier gros accroc pour la fusée géante de Jeff Bezos depuis sa mise en service.

Satellite de communication en orbite basse au-dessus de la Terre avec une orientation instable
Un satellite de grande taille dérive en orbite terrestre basse, illustrant les conséquences d’un lancement imparfait et une descente inévitable vers l’atmosphère – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Quand la fusée de Jeff Bezos lâche son satellite beaucoup trop tôt, le crash devient inévitable

Le 19 avril 2026, depuis Cap Canaveral, Blue Origin a fait décoller New Glenn pour la troisième fois. Le vol devait marquer une première : faire atterrir intact un propulseur déjà utilisé lors d’un vol précédent. Cette étape, réussie sur une barge en mer, est un succès commercial net pour Jeff Bezos. Mais la suite a basculé. L’étage supérieur de la fusée, celui qui propulse la charge dans l’espace, n’a pas joué son rôle jusqu’au bout. Le satellite devait être placé sur une orbite ronde à 460 kilomètres d’altitude. Il a été lâché à seulement 154 kilomètres, dans une trajectoire instable qui se refermait sur la Terre.

AST SpaceMobile, la société américaine qui exploite le satellite, a rapidement compris que rien ne pouvait le sauver. Les petits moteurs embarqués à bord ne sont pas assez puissants pour remonter une orbite aussi basse. Le BlueBird 7 plongera tôt ou tard dans l’atmosphère, où il brûlera. L’entreprise a choisi de piloter cette descente plutôt que de la subir. L’astrophysicien Jonathan McDowell, connu pour son suivi public des trajectoires satellitaires, a confirmé les données à partir des relevés de l’armée américaine.

Le BlueBird 7 fait partie des satellites les plus imposants jamais déployés par AST SpaceMobile. Sa mission : apporter de l’internet haut débit directement aux smartphones grâce à une antenne dépliable de plus de deux cents mètres carrés. Il rejoindra d’autres satellites de la même famille, déjà en orbite et toujours en service.

Un satellite à plus de trente millions de dollars qui part en fumée, et une facture qui inquiète le secteur

Le BlueBird 7 était couvert par une assurance dépassant trente millions de dollars. AST SpaceMobile affirme pouvoir absorber la perte sans difficulté. Mais la question fait déjà le tour du secteur spatial. Qui paiera demain pour les incidents liés à New Glenn ? Les assureurs, qui fixent les primes en fonction du risque, regardent chaque vol de près. Si d’autres anomalies viennent s’ajouter à celle-ci, les opérateurs qui choisissent la fusée de Jeff Bezos pourraient voir leurs primes grimper.

La Bourse, elle, n’a pas attendu pour trancher. L’action AST SpaceMobile a perdu près de dix pour cent dans les heures qui ont suivi l’annonce. Cette baisse traduit une inquiétude simple. L’entreprise avait promis plusieurs dizaines de satellites en orbite d’ici fin 2026, et chaque retard rend l’objectif moins tenable. Les analystes notent qu’AST ne peut plus se permettre de dépendre d’un seul fournisseur. La société explore déjà des alternatives, comme Rocket Lab ou d’autres fusées, pour continuer à déployer sa constellation sans dépendre uniquement de Blue Origin.

Entre la Lune et le Pentagone, ce que Jeff Bezos risque vraiment avec cet échec

L’affaire va au-delà d’un satellite perdu. Blue Origin veut décrocher de gros contrats auprès de la NASA et de l’armée américaine. Ces clients exigent une fiabilité quasi irréprochable, surtout pour les missions habitées. Quand une anomalie de cette ampleur survient, une enquête technique est quasi automatique. Elle peut ralentir les prochains vols, voire les suspendre temporairement. Or Jeff Bezos espère bientôt envoyer Blue Moon avec New Glenn. Ce module doit participer au programme lunaire Artemis que pilote la NASA.

New Glenn n’en est qu’à son troisième vol. SpaceX, son grand concurrent, a mis plus de dix ans à bâtir la réputation de ses Falcon 9. Ce premier accroc ne condamne pas le programme. Il rappelle simplement que l’étage supérieur de la fusée n’a pas encore atteint le niveau de fiabilité attendu. Les agences américaines scrutent le dossier. AST SpaceMobile, qui comptait fortement sur New Glenn pour ses prochains déploiements, va devoir étoffer ses options pour ne plus tout miser sur une seule fusée.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

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