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Le pari de 125 milliards de dollars pour protéger durablement les forêts tropicales dans le monde

Pendant des décennies, protéger une forêt tropicale rapportait souvent moins que l’exploiter. Un nouveau mécanisme veut renverser cette logique avec un objectif vertigineux : mobiliser 125 milliards de dollars et rémunérer directement les pays qui réussissent à conserver leurs arbres. Mais ce pari financier peut-il vraiment fonctionner ?

Gardiens autochtones et locaux marchant au bord d’une vaste forêt tropicale amazonienne couverte de brume au lever du jour.
Dans l’Amazonie brésilienne, des gardiens de la forêt surveillent un vaste territoire tropical encore intact au début de la journée – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Pendant trente ans, la finance climatique a surtout payé pour un carbone impossible à voir

Sur le papier, les crédits carbone semblaient presque brillants. Une entreprise finançait un projet forestier. En échange, elle pouvait comptabiliser des émissions supposément évitées ailleurs. Le problème était de taille. Il fallait imaginer ce qui se serait produit sans ce financement. Autrement dit, mesurer un scénario qui n’a jamais existé.

Cette fragilité a nourri les controverses. Certains projets ont surestimé leurs bénéfices climatiques. D’autres ont été accusés de limiter l’accès aux terres de populations présentes depuis des générations. La conservation créait alors un étrange paradoxe. Elle prétendait protéger une forêt, tout en fragilisant ceux qui la défendaient au quotidien.

Le Brésil tente désormais quelque chose de radical : donner un prix à la forêt vivante

Lancée à Belém pendant la COP30, en novembre 2025, la Tropical Forest Forever Facility, ou TFFF, change de méthode. Elle ne cherche plus d’abord à calculer les tonnes de CO₂ évitées. Elle veut rémunérer les hectares de forêt tropicale maintenus debout. Un suivi satellitaire doit vérifier les résultats dans les pays participants.

Le mécanisme pourrait concerner 74 pays tropicaux. Ensemble, ils possèdent plus d’un milliard d’hectares de forêts humides. À terme, chaque hectare admissible pourrait rapporter environ quatre dollars par an. Une déforestation excessive réduirait toutefois les paiements. Les dégâts liés aux incendies pourraient aussi entraîner des pénalités.

Le choix intervient dans un contexte tendu. Selon Global Forest Watch et l’Université du Maryland, 4,3 millions d’hectares de forêt tropicale primaire ont disparu en 2025. La perte a diminué par rapport à 2024. Elle reste pourtant supérieure à celle observée dix ans plus tôt. Derrière les calculs financiers se joue donc une véritable course contre la disparition des écosystèmes.

Ceux qui vivent dans ces forêts pourraient enfin recevoir directement une part de l’argent

Le détail le plus original du projet se trouve loin des marchés financiers. Au moins 20 % des paiements forestiers doivent revenir aux peuples autochtones et aux communautés locales. À cette échelle, le fonds pourrait devenir une source majeure de financement international pour les populations qui protègent ces territoires.

Ce choix répond à une réalité souvent oubliée. Conserver une forêt ne consiste pas seulement à surveiller des images satellites. Il faut sécuriser les terres, combattre l’exploitation illégale et prévenir les incendies. Il faut aussi maintenir des activités viables. Donner plus de moyens aux gardiens locaux des forêts pourrait donc compter autant que les milliards promis.

Derrière le chiffre spectaculaire de 125 milliards se cache encore un montage très fragile

Le chiffre de 125 milliards de dollars ne désigne pas une cagnotte déjà remplie. Le projet vise d’abord 25 milliards de dollars publics et philanthropiques. Cette base doit ensuite attirer jusqu’à 100 milliards de capitaux privés. Ces fonds seraient investis sur les marchés financiers.

Le compte reste très loin de l’objectif. Début septembre 2026, Reuters évaluait les engagements annoncés à environ 7,3 milliards de dollars. Le Royaume-Uni a notamment proposé un prêt de 400 millions de livres (environ 466 millions d’euros). La promesse norvégienne de trois milliards reste conditionnelle. Cette situation révèle la fragilité politique du montage.

Voilà tout le paradoxe. Les satellites suivent désormais la disparition des forêts presque en temps réel. Les gouvernements cherchent encore un modèle durable pour financer leur protection. Si la TFFF transforme une forêt intacte en actif précieux sans la marchandiser, elle pourrait changer la conservation mondiale. Sinon, les arbres resteront suspendus à de nouvelles promesses.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

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