Vingt-six poussins sont sortis d’une coquille fabriquée en laboratoire. Pour Colossal Biosciences, ce test ouvre une piste vers le moa géant de Nouvelle-Zélande. Pour plusieurs chercheurs, il montre surtout la distance entre une incubation réussie et le retour d’un animal disparu.

Une coquille artificielle qui imite la respiration d’un œuf sans remplacer tout son rôle biologique
Colossal Biosciences, start-up américaine de désextinction, annonce avoir fait éclore 26 poussins dans une structure imprimée en 3D. La désextinction désigne la tentative de recréer un animal disparu, souvent en modifiant le génome d’une espèce vivante proche.
Le dispositif ne remplace pas tout l’œuf. Il imite surtout la coquille, cette enveloppe poreuse qui laisse entrer l’oxygène et sortir le dioxyde de carbone. Dans un œuf naturel, la coquille apporte aussi du calcium, un minéral utilisé par l’embryon pour former son squelette.
Les chercheurs de Colossal ont donc ajouté ce calcium séparément et suivi les embryons en incubateur. L’image la plus juste n’est pas celle d’une mère de substitution, mais celle d’une couveuse très sophistiquée, capable d’offrir une fenêtre directe sur le développement.
Pourquoi la taille des œufs du moa géant impose une solution que les oiseaux vivants ne peuvent pas fournir
Le moa géant du Sud appartenait aux oiseaux sans ailes de Nouvelle-Zélande. Les plus grands individus dépassaient 3 mètres et pesaient plus de 200 kg. Leur disparition remonte à environ 600 ans, après l’arrivée humaine et la chasse intensive.
Le problème d’incubation tient à une donnée simple. Les œufs de moa auraient représenté près de 80 fois le volume d’un œuf de poule et environ 8 fois celui d’un œuf d’émeu. Aucun oiseau vivant ne paraît adapté à une ponte de cette taille.
Pourquoi reconstruire le génome du moa reste l’étape la plus fragile malgré l’avancée de l’incubation
Un œuf artificiel ne suffit pas à recréer un moa. Il faut aussi un génome, c’est-à-dire l’ensemble des instructions biologiques inscrites dans l’ADN. Or l’ADN ancien se fragmente avec le temps, comme un livre dont les pages auraient été mouillées puis déchirées.
Vincent Lynch, biologiste de l’évolution à l’université de Buffalo, rappelle qu’un oiseau modifié resterait un oiseau modifié, pas forcément un moa revenu tel quel. Cette nuance compte, car Colossal a déjà présenté des animaux modernes modifiés pour ressembler à des espèces disparues.
Comment l’œuf artificiel pourrait aider les oiseaux menacés avant de servir aux espèces disparues
Le terme ex-ovo désigne une croissance hors de la coquille naturelle. Cette approche n’est pas entièrement nouvelle, mais Colossal affirme chercher un système plus stable et plus grand. Andrew Pask, directeur scientifique de l’entreprise, présente l’outil comme une plateforme d’incubation adaptable.
Les critiques portent aussi sur le niveau de preuve. Louise Johnson, généticienne de l’évolution à l’université de Reading, souligne que l’annonce repose encore sur peu de données publiées. Sans article évalué par des pairs, il reste difficile de juger la portée réelle du dispositif.
Cette piste pourrait servir avant la désextinction. Nicola Hemmings, spécialiste de reproduction aviaire à l’université de Sheffield, met davantage l’accent sur les espèces encore vivantes. Pour des oiseaux menacés, préserver des cellules reproductrices et améliorer l’incubation aurait un effet mesurable sur des populations suivies une par une.
Par Eric Rafidiarimanana, le
Source: sciencepost.fr
Étiquettes: désextinction, moa géant
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