Aller au contenu principal

Le CHSF devait incarner l’hôpital moderne, il est devenu un symbole des limites du privé dans le public

Présenté comme un raccourci vers l’hôpital du futur, le Centre hospitalier Sud Francilien devait prouver que le privé savait bâtir plus vite et moins cher. Il est devenu l’un des dossiers les plus commentés sur les limites du partenariat public-privé, entre surcoûts vertigineux, malfaçons et rupture anticipée.

Deux responsables consultent des plans devant le Centre hospitalier Sud Francilien, symbole des surcoûts et des malfaçons du partenariat public-privé.
Le Centre hospitalier Sud Francilien, symbole d’un partenariat public-privé contesté après des surcoûts massifs et des milliers de malfaçons – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Un montage public-privé présenté comme une solution rapide pour bâtir un hôpital géant

En 2006, d’emblée, le projet a tout pour séduire les décideurs pressés. Le futur Centre hospitalier Sud Francilien, à Évry-Corbeil, doit sortir de terre grâce à un bail emphytéotique hospitalier confié à Eiffage. À première vue, l’idée paraît simple. Le groupe finance, construit, entretient et exploite une partie du site. En retour, l’hôpital verse un loyer pendant plusieurs décennies.

Sur le papier, en effet, la formule coche toutes les cases du management public moderne. Elle promet d’accélérer le chantier. En prime, elle évite une sortie immédiate de plusieurs centaines de millions d’euros. Elle est aussi censée moderniser l’offre de soins sur un territoire dense et en forte croissance.

Un contrat censé faire économiser l’État qui finit par creuser un surcoût massif

Mais le décor change brutalement quand les chiffres complets commencent à circuler. Très vite, dans les débats parlementaires comme dans les analyses financières, le CHSF devient un cas d’école. La Cour des comptes et la Chambre régionale des comptes d’Île-de-France pointent un montage rigide, conflictuel et bien plus coûteux qu’une maîtrise d’ouvrage publique classique.

Le total avancé frappe les esprits : environ 1,2 milliard d’euros sur la durée du contrat, contre près de 750 millions dans un schéma public plus classique. Dès lors, l’écart, d’environ 440 millions d’euros, dépasse la simple dérive budgétaire. Surtout, il alourdit nettement la charge pour l’argent public.

Or, dans ce type de montage, le problème ne se limite jamais au prix de départ. Entre modifications techniques, arbitrages tardifs et responsabilités croisées, chaque désaccord devient une facture. D’un côté, Eiffage accuse l’hôpital d’avoir changé le programme. De l’autre, l’établissement dénonce un contrat contraignant et imprévisible. Le chantier devient alors un terrain de bataille.

Des milliers de malfaçons transforment le futur hôpital modèle en chantier ingérable

Sans doute, c’est la partie la plus saisissante du dossier. Ainsi, avant d’accueillir les premiers patients, un audit indépendant met au jour plus de 8 000 malfaçons ou dysfonctionnements. Le chiffre paraît presque irréel pour un établissement censé incarner la modernité hospitalière. Pourtant, ce chiffre revient sans cesse dans les rapports, les auditions et les prises de parole des élus.

Concrètement, derrière ce nombre, il y a des problèmes très réels : pannes électriques, groupe électrogène défectueux, équipements mal installés, eau non stérilisée dans certains circuits, mobilier inadapté à l’univers sanitaire. Le plus troublant reste ce contraste entre l’image d’un bâtiment flambant neuf et la réalité. L’outil hospitalier ne peut pas ouvrir normalement, car ses bases techniques vacillent.

Dès lors, le retard devient inévitable. L’ouverture, attendue en 2011, glisse jusqu’au premier trimestre 2012. Entre-temps, la colère monte chez les soignants, les syndicats et plusieurs élus locaux. Ce qui devait être une vitrine du privé au service du public se transforme en démonstration inverse. Un hôpital peut être neuf, immense, spectaculaire, et pourtant déjà fragilisé avant même son premier vrai battement.

La rupture du partenariat acte l’échec d’un modèle devenu trop coûteux pour l’hôpital

À mesure que les litiges s’accumulent, toutefois, l’idée d’attendre 2041 devient intenable. Le CHSF négocie donc sa sortie du partenariat. L’accord conclu en 2014 ressemble à un divorce coûteux. Désormais, pour reprendre la main sur son bâtiment, l’établissement rapatrie maintenance et exploitation dans le giron public. Il accepte aussi de verser 80 millions d’euros d’indemnité à Eiffage.

Vu de loin, payer une telle somme pour sortir d’un contrat peut sembler absurde. Vu de près, c’est presque présenté comme une économie de survie. Le CHSF estime alors que cette rupture doit permettre d’épargner, à long terme, 600 à 700 millions d’euros à la puissance publique. Autrement dit, la porte de sortie reste chère. Mais elle coûte moins que le maintien dans un système jugé toxique.

Depuis lors, le dossier est resté dans toutes les mémoires administratives. La Cour des comptes a sévèrement critiqué les PPP hospitaliers du plan Hôpital 2007. Le CHSF reste depuis un repère politique dès qu’il est question de confier au privé des infrastructures publiques sensibles. Au fond, une question demeure : à partir de quel moment la quête d’efficacité coûte-t-elle plus cher que la lenteur qu’elle prétend corriger ?

Partager cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *