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La France investit 18 millions d’euros pour faire avancer la recherche sur la fission nucléaire

Après des décennies d’exploitation nucléaire, pourrait-on croire que la fission n’a plus beaucoup de secrets ? C’est tout l’inverse. La France engage 18 millions d’euros dans un programme scientifique destiné à explorer des phénomènes encore mal compris, jusque dans les entrailles des réacteurs.

Une scientifique observe un échantillon chauffé à haute température derrière une vitre de protection dans un laboratoire nucléaire.
Une chercheuse surveille une expérience sur des matériaux soumis à de très hautes températures dans une installation de recherche consacrée à la fission nucléaire et à la sûreté des réacteurs – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Derrière les réacteurs français, une science fondamentale qui a encore beaucoup à découvrir

Faire fonctionner une centrale nucléaire ne signifie pas que tout est parfaitement connu. À l’échelle de l’atome, la fission libère une énergie considérable. Elle produit aussi des neutrons et plusieurs noyaux radioactifs. Pourtant, leur comportement soulève encore des questions, surtout lorsqu’un réacteur fonctionne dans des conditions inhabituelles.

C’est justement pour éclairer ces zones d’ombre que le nouveau programme « Science amont nucléaire de fission » a été lancé le 4 septembre 2026. Ainsi, il recevra 18 millions d’euros sur six ans. Le CNRS le pilote avec le CEA, dans le cadre de France 2030, tandis que l’Agence nationale de la recherche en assure le suivi.

Le corium, cette matière née d’un accident grave que les chercheurs veulent mieux dompter

Parmi les sujets étudiés figure une matière au nom presque anodin : le corium. Lors d’un accident grave, le cœur d’un réacteur peut fondre. Le combustible et certains métaux forment alors une masse très chaude et radioactive. Selon l’ASNR, la température du combustible peut dépasser 2 500 °C.

Pour cette raison, comprendre ce mélange est essentiel. Comment s’écoule-t-il ? Que se passe-t-il lorsqu’il rencontre l’eau de refroidissement ? Peut-il attaquer certaines structures ? Les chercheurs étudieront ses propriétés physiques et chimiques. Leur objectif sera donc d’améliorer les modèles d’accident et de rendre son confinement plus fiable.

Le sujet n’est toutefois pas nouveau en France. Depuis plusieurs décennies, des équipes étudient les accidents de fusion du cœur. Cependant, le programme doit élargir ces travaux. Il combinera expériences, simulations et équipements spécialisés. De cette manière, ces outils reproduiront des conditions extrêmes, sans provoquer d’accident réel.

Uranium et plutonium laissent derrière eux une histoire que les scientifiques doivent suivre

La fission ne s’arrête pas quand un noyau se brise. Elle produit de nombreux noyaux différents. Certains restent radioactifs pendant quelques secondes, tandis que d’autres persistent durant des périodes beaucoup plus longues. Les scientifiques veulent donc mieux suivre le devenir des radionucléides, dont l’uranium et le plutonium.

Par conséquent, ces recherches concernent directement la gestion des matières radioactives. Une meilleure connaissance de leurs transformations peut améliorer le traitement des combustibles. Elle peut aussi guider leur gestion à long terme. Ainsi, à l’échelle microscopique, quelques atomes mieux compris peuvent influencer des décisions industrielles prises pour plusieurs décennies.

Les futurs réacteurs devront supporter un bombardement invisible pendant des années

Dans un réacteur, les matériaux reçoivent sans cesse des neutrons, de la chaleur et des rayonnements. Peu à peu, ce bombardement invisible modifie leur structure. Dès lors, concevoir des matériaux plus résistants aux irradiations devient un enjeu majeur. Cette résistance sera indispensable pour les futures installations, notamment si elles doivent fonctionner plus longtemps.

Par ailleurs, les chercheurs produiront de nouvelles données nucléaires. Elles doivent rendre les simulations des réacteurs plus précises. En effet, un modèle numérique dépend toujours des informations qui l’alimentent. Grâce à des données plus fiables, les équipes pourront tester de nouveaux concepts avant de construire des prototypes coûteux.

Enfin, cette ambition nécessite des équipements adaptés. Une partie du financement soutiendra des accélérateurs de particules, réacteurs expérimentaux et laboratoires de radiochimie. Environ la moitié des 18 millions d’euros ira aux infrastructures. L’autre moitié financera notamment des doctorants et des postdoctorants. À terme, cette relève devra comprendre une matière qui continue de surprendre, même après près d’un siècle de recherche.

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