La pandémie de Covid-19 n’aura pas eu que du négatif : en effet, le confinement a eu des effets bénéfiques sur la qualité de l’air et le recul de la pollution. À présent, une autre nouvelle vient étayer ce fait : le « jour du dépassement de la Terre » a reculé de 3 semaines. Bonne nouvelle ? Pas tout à fait : pendant les prochains mois, l’humanité vivra tout de même à crédit. Une situation qui ne sera bien sûr pas viable sur le long terme.

Le « jour du dépassement » en recul

C’est un chiffre que l’on a l’habitude d’entendre depuis 50 ans, et qui ne cesse de se creuser : le « jour du dépassement de la Terre », c’est-à-dire le jour où l’humanité a consommé l’intégralité de ce que la planète peut produire en une année, est tombé cette année le 22 août. En 2019, il était tombé le 29 juillet, soit 3 semaines plus tôt. Doit-on pour autant se réjouir d’un tel recul ? Non, d’après Pierre Cannet, directeur du plaidoyer au WWF France. Dans un entretien à 20 Minutes, il explique : « Même avec les circonstances exceptionnelles du confinement, il nous reste quatre mois dans le rouge. »

Selon lui, « on ne peut même pas parler d’un ‘gain’, car ce résultat n’est pas dû à une évolution de nos politiques écologiques mais à une crise sanitaire majeure qui n’est pas amenée à se reproduire, ou en tout cas pas avec un confinement général d’une grande partie de la population mondiale ». C’est également ce qu’affirme Mathis Wackernagel, président de Global Footprint Network, qui calcule depuis 2003 ce fameux « jour du dépassement » : « Il n’y a pas de quoi se réjouir car ça vient avec des souffrances, ce n’est pas fait exprès, mais par une catastrophe. » Et de poursuivre de façon imagée : « C’est comme pour l’argent : on peut dépenser plus que ce qu’on gagne, mais pas pour toujours. »

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Un changement systémique est nécessaire si on veut que ce recul se poursuive

La date du « jour du dépassement » est calculée en croisant l’empreinte écologique des activités humaines, comme les surfaces terrestre et maritime qui sont nécessaires pour produire les ressources consommées et absorber les déchets de la population, et les « biocapacités » de la Terre, c’est-à-dire sa capacité à régénérer ses écosystèmes et à absorber les déchets produits par les humains, en particulier la séquestration du CO2. Le « jour du dépassement » a lieu quand la pression humaine dépasse les capacités de régénération des écosystèmes terrestres. Depuis 50 ans, cet écart ne cesse de se creuser : en 1970, ce jour était le 29 décembre, le 4 novembre en 1980, le 11 octobre en 1990, le 23 septembre en 2000, le 7 août en 2010.

Selon les derniers rapports des experts de l’ONU, des solutions existent pour faire cesser ce trop grand écart : sortir des énergies fossiles, réduire les gaz à effet de serre, moins utiliser la voiture, réduire sa consommation de viande… Pour tenir les engagements de l’accord de Paris sur le climat de 2015 et maintenir l’élévation de la température « nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels, et si possible à 1,5 °C, les émissions de gaz à effet de serre devraient baisser de 7,6 % annuellement », selon ces mêmes experts.

Car selon une étude publiée début août par la revue Nature Climate Change, la chute des émissions de gaz à effet de serre cette année, qui pourrait atteindre 8 % selon l’étude, et 10 selon Global Footprint Network, ne servira à « rien » sans changement systémique en matière d’énergie et d’alimentation. En effet, si nous continuons à dépenser autant, il nous faudrait l’équivalent de 1,6 planète pour soutenir nos modes de vie, 2,7 pour vivre comme des Français, 5 pour vivre comme des Américains, 8,9 pour vivre comme des Qataris. Marco Lambertini, directeur général du WWF, partenaire de l’événement depuis 2007, espère que les humains auront pu « tirer des leçons de ce que cette pandémie a mis en lumière : la relation non soutenable de gaspillage et destructrice que nous entretenons avec la nature, la planète ».

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