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Une décision de l’éditeur de jeux vidéo Blizzard, condamnant la prise de position d’un joueur sur la crise de Hong Kong, a provoqué un raz-de-marée sans précédent dans la communauté mondiale de gamers. Jamais elle ne s’était autant engagée pour des enjeux politiques internationaux.  

Une décision qui suscite la polémique

Depuis mars dernier, d’immenses manifestations ont lieu à Hong Kong, suite à l’introduction de l’amendement d’une loi d’extradition, qui permettrait à la justice chinoise de s’impliquer dans le système judiciaire de cette région au statut administratif particulier, qui jusqu’ici profitait d’une certaine indépendance et d’une plus grande ouverture au monde que celles qu’offre le gouvernement chinois à ce jour. Si même en dehors du pays, les pro-Chine et pro-Hong Kong s’opposent, certains milieux jusqu’ici peu politisés ont commencé à marquer leur soutien pro-démocratie ou pro-régime.

Le 8 octobre, après que Blitzchung, de son nom Ng Wai Chung, a présenté son soutien à son pays d’origine dans une réaction après un match de Heartstone sur un livestream taïwanais officiel, Blizzard, l’éditeur du jeu également à l’origine de World of Warcraft ou encore Overwatch, a simplement banni le joueur et annulé tous ses gains. Blitzchung est apparu à l’écran avec un masque à gaz et des lunettes, et s’est écrié en chinois « Libérez Honk Kong, révolution de notre temps ! », avant d’être rapidement coupé. Les protections sont un des symboles de cette insurrection pacifique, pour faire face à une répression policière parfois très violente — ils le sont d’autant plus depuis que les équipements de ce type ont été interdits pour tous les manifestants, ce que ceux-ci ont immédiatement bravé.

La raison officielle de l’éditeur est que cette réaction a pu « offenser une partie du public », en sous-entendant le public chinois pro-Pékin. Pourtant, l’interdiction de jouer et la suppression paraît extrêmement sévère devant la simple annonce du soutien du joueur à son propre pays d’origine. Mais selon Le Monde, cette fermeté s’explique notamment par des raisons économiques, quand « 31 % des revenus de l’application mobile Hearthstone proviennent de Chine » et que la maison mère de Blizzard appartient à 5 % au géant des télécommunications chinois Tencent.

Tempête en ligne pour Blizzard

Devant cette décision jugée impartiale et seulement influencée par des liens économiques, la communauté en ligne de joueurs a donc décidé de réagir pour marquer leur désaccord avec l’éditeur américain, et leur soutien au joueur évincé ainsi qu’à la cause de Hong Kong. De nombreux internautes ont ainsi annoncé se désabonner des jeux de l’éditeur, dont, figure de poids, le co-créateur de World of Warcraft qui présentait sur Twitter son profond désaccord avec la logique de l’éditeur dont il faisait partie.

Le 9 octobre, le consultant en e-sport Rod Breslau annonce que #BlizzardBoycott est un des sujets les plus discutés sur le réseau social.

Ce mouvement apparaît comme assez inédit de la part d’un monde qui est sur le domaine politique, en général, rarement engagé frontalement. Les internautes dénoncent la décision de Blizzard sur la plateforme Twitch, tandis que la page Reddit de discussion sur les jeux de l’éditeur a été temporairement fermée par son créateur, et depuis rouverte. Des symboles de résistance en ligne sont apparus, comme Mei, une scientifique chinoise se battant contre le réchauffement climatique, apparue en 2016 dans Overwatch. Les fans en ont fait une égérie pro-Hong Kong subversive, s’engageant contre les institutions chinoises.

Impossible de supprimer des comptes?

Depuis le 9 octobre, beaucoup de joueurs se plaignent de ne plus pouvoir supprimer leur compte, même en se conformant à toutes les procédures de sécurité. Il serait prématuré d’avancer toute autre responsabilité qu’un trop grand nombre de suppressions de compte simultanément. Blizzard accuse officiellement des « problèmes techniques ». Pour aller plus loin, des membres de Reddit proposent même de submerger l’éditeur de requêtes des données personnelles, conformément au droit européen. Quoi qu’il en soit, la communauté en ligne s’organise et tient à faire entendre ses millions de voix, par tous les moyens.

Quand il s’agit de soutenir Hong Kong, on s’excuse ou on accuse

Les tensions autour de la situation à Hong Kong touchent à tous les domaines. Dans le monde du sport, le manager général de l’équipe de basketball des Rockets en NBA s’est engagé dans un tweet, depuis supprimé, pour la cause de Hong Kong, ce qui a créé un scandale : il s’est depuis excusé, expliquant que cette vision ne concernait que lui. Depuis, la NBA fait des efforts visibles pour apaiser toute tension causée avec la Chine, ce qui en retour de bâton a attiré les foudres des défenseurs de la liberté d’expression aux États-Unis.

Une fois encore, la situation s’envenime car les intérêts économiques sont énormes, et des géants chinois de l’audiovisuel ont déjà interrompu la diffusion des matchs de la ligue la plus prestigieuse au monde, ce qui met en danger des accords à des milliards de dollars. Parallèlement, la ligue est très critiquée d’avoir à transiger entre des accords économiques et des convictions pro-démocratie. La série South Park, censurée en Chine pour ses prises de position contre le régime chinois, ne s’est, elle, pas résolue à plier devant le pouvoir chinois, et dans un communiqué sur Twitter sous forme de fausse excuse se moque d’autant plus.

Ce tweet aborde aussi le fait de la censure, renforcée en 2016 et qui semble systématique devant toute attaque, humoristique ou non, sur le régime. Ainsi, le parti n’a pas vraiment apprécié quand des internautes ont comparé Xi Jinping à Winnie l’Ourson il y a deux ans, et a censuré le petit ours. Ainsi, la crise politique entre Hong Kong et Pékin prend des dimensions mondiales, et s’invite aussi dans le monde du divertissement et de la culture. Les prochaines semaines devraient être tout à fait agitées concernant l’évolution de ce conflit aux résonances globales.

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