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Comment les Jeunesses hitlériennes ont façonné les enfants du IIIe Reich

« J'appartenais corps et âme à Adolf Hitler »

Lorsqu’Adolf Hitler arrive au pouvoir en 1933, des centaines de milliers d’enfants allemands font partie de différentes organisations de jeunesse, incluant les mouvements scouts, fondés en Angleterre au début du XXe siècle et s’étant rapidement développés en Allemagne. Celles-ci vont rapidement être remplacées par les Jeunesses hitlériennes.

Fondées en 1926, les « Jeunesses hitlériennes » visent initialement à recruter et à former les jeunes Allemands pour en faire de fidèles soutiens du Parti nazi. À mesure que son influence s’étend dans le pays, le dispositif devient un puissant outil d’endoctrinement qui va faire la fierté du IIIe Reich.

Si l’organisation compte environ 50 000 membres en janvier 1933, la barre des 2 millions est franchie en l’espace de quelques mois. Au cours des années suivantes, les mouvements de jeunesse associés à des partis politiques (notamment le communisme) ou religieux vont être progressivement interdits.

En 1936, l’ensemble des organisations de jeunesse sont bannies d’Allemagne, y compris les scouts, dont les nombreux membres sont contraints de rejoindre les Jeunesses hitlériennes, évidemment interdites aux enfants juifs.

En agissant ainsi, l’Allemagne nazie envoie un message clair à sa jeunesse, qui, pour acquérir le semblant d’expérience pratique que ces structures dispensaient jusqu’alors, doit se tourner vers son programme.

De jeunes membres des Jeunesses Hitlériennes remplissant leurs seaux d’eau en 1933

Alors que le pays se dirige lentement vers la guerre, les enfants qui refusent de rejoindre les Jeunesses hitlériennes subissent des pressions, et sont dans certains cas envoyés dans des centres disciplinaires, destinés à les « redresser ». En 1939, plus de 90 % d’entre eux ont rejoint le mouvement.

Pour les nazis, l’intérêt est double : en plus d’endoctriner les enfants du IIIe Reich dès leur plus jeune âge, il permet également de les soustraire à l’influence de leurs parents, dont certains s’opposent fermement au régime.

Le Parti nazi sait que les nombreuses familles qui ne partagent pas sa vision des choses représentent un obstacle à la réalisation de ses objectifs, et les Jeunesses hitlériennes constituent un bon moyen de faire entrer l’idéologie hitlérienne dans ces foyers et de garder un œil sur eux (certains membres de l’organisation allant même jusqu’à dénoncer les comportements suspects de leurs proches).

Au départ, leurs membres prennent part à des activités typiques du scoutisme (camping, chants, artisanat, randonnée…), mais avec l’arrivée de la guerre, celles-ci vont drastiquement changer.

Si les groupes de jeunes filles continuent de pratiquer des activités « classiques », comme la gymnastique rythmique ou la couture, rigueur militaire, entraînement à la survie, au maniement des armes et propagande constituent le quotidien des garçons.

Deux membres des jeunesses hitlériennes s’exerçant au tir en 1941

Comme l’expliquait Alfons Heck, ancien membre des Jeunesses hitlériennes, au Boston Globe en 1980 : « J’aimais marcher au pas, chanter et assister à des rassemblements militaires. J’appartenais corps et âme à Adolf Hitler, et il m’a fallu des années pour m’éloigner de toute cette idéologie au sortir de la guerre ».

Malgré les risques évidents, certains jeunes Allemands refusant d’adhérer au programme rejoignent des groupes clandestins, notamment les Pirates Edelweiss, qui s’opposent aux Jeunesses hitlériennes.

On estime d’ailleurs qu’environ 5 000 d’entre eux ont défié les nazis en griffonnant des graffitis anti-guerre sur les murs et en participant à divers actes de résistance (violente et pacifique). En 1944, six de ces jeunes « dissidents » ont été pendus à Cologne sans bénéficier préalablement d’un procès.

À mesure que la guerre avance, il devient clair que les Jeunesses hitlériennes servent à former une génération de soldats entièrement dévoués au Reich.

À partir de 1943, tous les garçons de 17 ans ou plus sont contraints de servir dans l’armée, et en 1945, les dirigeants nazis sont si désespérés qu’ils commencent à envoyer au front des enfants âgés de 12 ans à peine, certains étant exécutés lorsqu’ils refusent de suivre les ordres.

Un groupe de membres des jeunesses hitlériennes

Lorsque la Seconde Guerre mondiale prend fin, les Jeunesses hitlériennes sont bien évidemment dissoutes, mais elles marqueront durablement toute une génération de jeunes Allemands. Aujourd’hui considérées comme l’une des facettes les plus effrayantes du nazisme, elles illustraient la puissance d’un tel endoctrinement à l’échelle d’une nation.

Pour aller plus loin, découvrez également l’Aktion T4, ce programme nazi d’extermination des handicapés qui a fait plus de 200 000 victimes.

Par Yann Contegat, le

Source: History

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