Alors que les hommes échouent depuis 600 ans, cette IA réussit à décrypter le manuscrit de Voynich

Au XIXe siècle, l’archéologue français Jean-François Champollion décryptait les hiéroglyphes égyptiens à l’aide de la pierre de Rosette. Au XXIe siècle, cette tâche est entièrement dévolue à l’intelligence artificielle. Et elle s’apprête à percer les secrets du manuscrit de Voynich, l’un des plus grands mystères de l’histoire… 

 

Une énigme vieille de 600 ans

Les pages du manuscrit de Voynich ont rendu fous les cryptographes, cryptanalystes et linguistes du monde entier. Du haut de ses 240 pages de textes cryptés, d’étranges symboles et de dessins encore plus étranges – des herbes, des femmes prenant leur bain… – ce curieux ouvrage du début du XVe siècle est très vite devenu le livre le plus mystérieux du monde. Passé entre les mains d’érudits alchimistes et d’empereurs européens, il atterrit en 1912 dans celles d’un éditeur polonais qui lui lèguera son nom : Wilfrid Voynich.

Les esprits les plus brillants et les plus curieux se sont penchés sur ce mystérieux ouvrage dont l’écriture, tout en courbes et en boucles, et la langue demeurent incompréhensibles du genre humain. Il est d’autant plus fascinant qu’il est de très bonne facture pour un livre médiéval, renfermant de subtils fac similés peu courant à l’époque. Pendant 6 siècles, ces pages d’ancien vélin n’ont eu de cesse de narguer, dépiter, enrager, débouter les audacieux venus révéler ses secrets. Pourra-t-il en faire de même avec les machines ?

L’IA de la dernière chance

En désespoir de cause, l’homme s’est toujours tourné vers la machine : pourquoi ne ferait-il pas de même avec un manuscrit qu’il a été incapable de déchiffrer pendant plus de 600 ans ? Des scientifiques canadiens spécialisés en informatique pensent détenir la solution à l’énigme Voynich.

Des chercheurs de l’Université d’Alberta ont utilisé l’intelligence artificielle pour décoder certaines sections du manuscrit via une méthode appelée le déchiffrement algorithmique, ultime chance de percer les secrets de ce mystérieux ouvrage. « Le manuscrit de Voynich est écrit dans une écriture inconnue qui encode un langage inconnu. C’est le type de déchiffrement le plus difficile à réaliser », écrivent les scientifiques dans leur article.

L’algorithme qui devait leur ouvrir les portes de la connaissance fut testé sur 380 traductions de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Le système mis au point par Greg Kondrak et Bradley Hauer a identifié le langage d’origine à 97 %. Appliqué aux pages du manuscrit de Voynich, l’algorithme a contredit les deux chercheurs en informatique : la langue source n’est pas de l’arabe comme ils le pensaient, mais de l’hébreux !

Un manuscrit rédigé en ancien hébreux

Les chercheurs pensent que le code lié à l’hébreux pourrait s’apparenter à des alphagrammes, des anagrammes classés par ordre alphabétique. Ils ont donc réarrangé les lettres de chaque mot en laissant tomber les voyelles, une méthode qui aboutit à un résultat inattendu : « Il s’est avéré que 80 % des mots figuraient dans un dictionnaire d’hébreux, mais nous ne savions pas s’ils avaient un sens mis ensemble », précise Kondrak.

Les deux scientifiques, faute de trouver un universitaire spécialisé en ancien hébreux susceptible de confirmer ou infirmer leurs découvertes, se sont finalement rabattus sur Google Traduction. À leur grande surprise, le moteur de traduction leur donna quelque chose de tangible : le manuscrit de Voynich serait un manuel de botanique.

Des plantes… et des femmes

Dans la première section du chapitre « Herbes » du manuscrit, plusieurs termes liés à la botanique font leur apparition dont « fermier », « air », « feu » et « lumière ». Des mots énigmatiques, mais pas autant que la première phrase de l’ouvrage selon l’intelligence artificielle : « Elle fit des recommandations au prêtre, l’homme de la maison, à moi et au peuple. ». S’agit-il de recommandations liées à la botanique ? L’équipe canadienne tempère en précisant qu’on ne peut être certain de rien.

Forts de ces premiers résultats très convaincants, les deux chercheurs espèrent dorénavant pouvoir compter sur l’assistance d’historiens spécialisés dans l’ancien hébreux pour les aider à avancer dans leur décryptage du manuscrit. Ils nuancent tout de même l’importance de l’IA dans le processus de déchiffrement an rappelant qu’elle demeure un outil, une assistance, et pas la solution : « Dans tous les cas, la création d’un décodage algorithmique d’un texte crypté peut seulement constituer un point de départ pour les universitaires spécialisés dans cette langue et cette période de l’Histoire. »

L’intelligence artificielle a beau avoir connu des progrès phénoménaux depuis plusieurs années, grâce à Jack Ma et Elon Musk, elle reste impuissante face au manuscrit de Voynich. Tant d’autres questions attendent d’être éclaircies : qui a écrit le manuscrit ? Que signifie cette écriture que nulle âme n’a su déchiffré ? Que désignent ces mystérieux symboles ? Et pourquoi y a-t-il des dessins de femmes prenant leur bain ? Le manuscrit de Voynich ne se dévoilera pas si facilement…


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