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L’une des tactiques sournoises du cancer pour se développer consiste à manipuler les cellules immunitaires de l’hôte pour qu’elles protègent les tumeurs au lieu de les combattre. Aujourd’hui, des chercheurs américains ont inversé les rôles en transformant ces cellules en tueuses de cancer.

Reprogrammer les cellules immunitaires exploitées par le cancer

Dans un combat équitable, le système immunitaire l’emporterait face au cancer la plupart du temps. Mais ce dernier ne se bat pas à la loyale. Afin de favoriser sa propre croissance, il crée son propre micro-environnement, lui permettant de s’emparer des nutriments et d’affaiblir la réponse immunitaire dans la région de l’organisme où il se développe.

L’une des tactiques les plus sournoises dont il use pour y parvenir consiste à détourner la fonction des cellules immunitaires appelées cellules T régulatrices (Tregs). Normalement, ces cellules jouent un rôle important en empêchant le système immunitaire d’attaquer les propres cellules de l’organisme, ce qui entraînerait des maladies auto-immunes. Mais certains types de cancer laissent sélectivement les Tregs pénétrer leur micro-environnement, où elles combattent ensuite les autres cellules immunitaires venues éliminer la tumeur.

Pour cette nouvelle étude publiée dans la revue Nature Communications, les chercheurs du Massachusetts General Hospital (MGH) sont parvenus à inverser la situation, en reprogrammant ces Tregs en cellules T combattant la tumeur. Ce qui a non seulement contribué à la destruction des tumeurs de l’intérieur, mais a également permis à d’autres cellules immunitaires d’intervenir.

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« Parmi les éléments du micro-environnement tumoral, nous avons exploité l’accumulation préférentielle des Tregs dans le glioblastome en modifiant de manière thérapeutique leur fonction pour qu’elles tuent les cellules cancéreuses au lieu de les protéger », explique Rakesh Jain, auteur principal de l’étude. « Comme les Tregs déjà présentes dans ces tumeurs peuvent être reprogrammées, cette stratégie ne repose pas sur un recrutement supplémentaire de cellules immunitaires antitumorales, autre obstacle fréquent au succès de l’immunothérapie dans les tumeurs cérébrales. »

Des résultats préliminaires prometteurs

L’approche a été testée sur des souris atteintes de glioblastome humain, une forme de cancer du cerveau difficile à traiter et dont le taux de survie s’avère faible. L’utilisation d’anticorps αGITR a ici permis de reprogrammer les Tregs protégeant le cancer en cellules T effectrices CD4 le combattant. Le traitement a été complété par l’administration de médicaments inhibiteurs de points de contrôle immunitaires (BCI), qui aident à renforcer l’action du système immunitaire.

Prolongeant significativement la durée de vie des rongeurs, la nouvelle forme d’immunothérapie a permis d’éradiquer complètement les tumeurs chez certains spécimens. Lorsque des cellules cancéreuses ont été réintroduites chez ces derniers, l’équipe a par ailleurs constaté que leur système immunitaire était toujours en mesure de les combattre.

Aussi prometteurs soient ces premiers résultats, les chercheurs rappellent que des expériences supplémentaires seront nécessaires avant de pouvoir envisager des essais sur l’Homme. Selon eux, une telle approche immunothérapique pourrait également être utilisée pour traiter les cancers du cerveau, pour lesquels ce type de thérapie s’était jusqu’à présent révélé peu efficace.

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