
La découverte de restes fossilisés d’un éléphantidé préhistorique a permis aux chercheurs d’éclairer l’une des premières épopées humaines hors de notre berceau, à travers un corridor migratoire clé.
Le site de Gesher Benot Ya’aqov
Au Pléistocène moyen, le Levant constituait le seul pont terrestre entre l’Afrique et l’Eurasie, et a de ce fait constitué un point de passage obligé pour les lointains représentants de notre lignée ayant choisi de quitter leurs terres ancestrales pour voir si l’herbe était plus verte ailleurs. Ce qui était vraisemblablement le cas pour la vallée de la Houla, dans le nord de l’actuelle Israël.
Au sud de celle-ci, le site de Gesher Benot Ya’aqov a livré au fil des décennies des témoignages importants de l’histoire de notre lignée, avec notamment la plus ancienne preuve de cuisson au feu, sous la forme de restes de poissons carbonisés vieux de 780 000 ans.
Récemment, ce sont une dent et un fragment de défense attribués à l’éléphant à défenses droites Palaeoloxodon antiquus qui y ont été mis au jour, ainsi que des haches et outils en pierre. Vieux d’environ 700 000 ans, ceux-ci étaient typiques de la technologie préhistorique acheuléenne, étroitement associée à la chasse et au travail des carcasses de ces mammifères préhistoriques massifs.

Des environnements favorables
Si ces découvertes ne constituent pas des preuves directes que nos lointains parents chassaient activement ces grands herbivores, pouvant mesurer jusqu’à 4 mètres au garrot pour un poids de 13 tonnes, elles montrent que la région offrait les ressources nécessaires à la subsistance des groupes humains et de certains des représentants les plus iconiques de la mégafaune du Pléistocène.
Détaillées dans la revue Quaternary Science Reviews, les analyses isotopiques de la molaire de l’ancien éléphantidé indiquent que l’animal se nourrissait de plantes que l’on trouve généralement dans les prairies ainsi que les zones humides et boisées, suggérant que les paysages de la région étaient alors dominés par des forêts peu denses et ponctués de rivières.
« La disponibilité en eau et la végétation ont déterminé les zones où les humains et leurs proies pouvaient s’établir », écrivent les auteurs de la nouvelle étude, jugeant les escapades humaines précoces hors d’Afrique peu probables sans ces conditions très favorables.
L’an passé, une étude avait éclairé la plus longue migration humaine de la Préhistoire, entre l’Asie et l’Amérique du Nord.