Deux des artefacts découverts par l’équipe — © Villa et al. / PLOS One / 2021

Des chercheurs ont mis au jour 98 artefacts en os d’éléphant sur un site paléolithique italien vieux de 400 000 ans. Une telle découverte pourrait changer notre vision des anciens hominidés et du degré de sophistication des techniques qu’ils employaient pour façonner leurs outils.

Une importante découverte paléontologique

Situé à la périphérie de la ville de Rome, Castel di Guido était, dans un passé lointain, un point d’eau où les éléphants à défenses droites (Palaeoloxodon antiquus) avaient l’habitude de de venir s’abreuver, et près duquel un nombre important de ces animaux seraient également morts. Décrits dans la revue PLOS One, les outils nouvellement identifiés montrent que les anciens humains ayant occupé le site avaient littéralement mis en place une « chaîne de production d’outils primitifs », impliquant des techniques que l’on pensait être apparues bien plus tardivement.

Alors que les fouilles réalisées précédemment avaient suggéré que les premiers humains se contentaient généralement d’utiliser les fragments d’os disponibles, sans les affiner ni les adapter, la méthode employée ici, connue sous le nom « d’écaillage par percussion » et également utilisée pour façonner des outils en pierre (beaucoup plus courants à l’époque), s’avérait sophistiquée.

« Bien que des outils en os remontant à cette période lointaine aient été découverts sur d’autres sites, on ne retrouvait pas un tel éventail de formes bien définies », estime Paola Villa, de l’université du Colorado. « À Castel di Guido, les humains brisaient les os longs des éléphants et produisaient des ébauches standardisées leur permettant de fabriquer différents types d’outils. »

Le site de Castel di Guido — © Villa et al. / PLOS One / 2021

Toutefois, cela ne signifie nécessairement pas que les anciens humains de la région étaient plus « avancés » que les autres. D’après les auteurs de l’étude, ceux-ci avaient probablement davantage d’os d’éléphants à leur disposition pour fabriquer leurs outils, et moins de gros morceaux de silex naturels.

Des artefacts variés impliquant des techniques de production avancées

Parmi les objets exhumés, certains étaient utilisés pour trancher la viande ou fendre des os massifs, comme les fémurs d’éléphants. « Ils faisaient une encoche puis inséraient ces pièces lourdes dotées de bords effilés », explique Villa. « Celles-ci étaient ensuite martelées jusqu’à ce que l’os se brise. » Le plus impressionnant restait sans doute un lissoir (présentant une extrémité lisse et arrondie destinée au travail du cuir), dont l’utilisation se serait démocratisée il y a 300 000 ans environ.

Compte tenu de la variété des objets mis au jour, et des techniques utilisées pour les créer, des découvertes similaires pourraient amener les chercheurs à revoir leurs chronologies respectives. Pour l’heure, il semble s’agir d’une poussée technique isolée dans la production d’outils en os, suggérant une occupation du site par les Néandertaliens à la fin du Paléolithique inférieur, il y a 400 000 ans.

Lissoir découvert sur le site — © Villa et al. / PLOS One / 2021

« C’était une période très importante pour Castel di Guido, correspondant à l’émergence de Néandertal et à l’utilisation récurrente du feu », conclut Villa.

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