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De récentes recherches ont révélé que les herbiers marins produisaient des quantités insoupçonnées de sucre. Une découverte ayant d’importantes implications pour le stockage du carbone et le réchauffement climatique.

Saccharose sous-marin

Les herbiers marins comptent parmi les puits de carbone les plus efficaces de la planète : un kilomètre carré peut stocker près de deux fois plus de carbone que les forêts terrestres, et ce, 35 fois plus rapidement. Dans le cadre de travaux publiés dans la revue Nature Ecology & Evolution, des chercheurs de l’Institut Max Planck (Allemagne) ont fait une découverte étonnante au sujet de ces prairies sous-marines.

Si les plantes les composant utilisent la plupart des sucres fabriqués durant la photosynthèse pour leur propre métabolisme et leur croissance, dans des conditions de forte luminosité, en milieu de journée ainsi que durant l’été, elles en produisent beaucoup plus qu’elles ne peuvent en consommer, stockant le surplus dans le sol, ou rhizosphère.

« Pour mettre cela en perspective : Nous estimons qu’à l’échelle mondiale, la rhizosphère des herbiers marins renferme entre 0,6 et 1,3 million de tonnes de sucre, principalement sous forme de saccharose », souligne Manuel Liebeke, auteur principal de l’étude. « Ce qui correspond à la quantité de sucre contenue dans 32 milliards de canettes de soda. »

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La quasi-totalité des microbes se nourrissant de sucres, Liebeke et ses collègues se sont demandé pourquoi le saccharose n’était pas consommé par la vaste population présente dans la rhizosphère des herbiers. Les chercheurs allemands ont découvert que ces plantes sous-marines libéraient des composés phénoliques dans le sol, antimicrobiens inhibant le métabolisme de la plupart de ces minuscules organismes.

D’importantes implications

Il s’est toutefois avéré qu’un petit groupe de microbes était non seulement capable de digérer le saccharose et de dégrader les phénoliques, mais également de produire des nutriments essentiels, tels que l’azote, favorisant la croissance des herbiers marins. Si ce type de relation mutuellement bénéfique est bien connue chez les plantes terrestres, Liebeke souligne que les interactions étroites et complexes entre les herbiers marins et les micro-organismes de leur rhizosphère commencent tout juste à être explorées.

Les prairies sous-marines comptant parmi les habitats les plus menacés de la planète et déclinant rapidement dans l’ensemble des océans, les scientifiques du monde entier craignent que leur disparition n’entraîne la libération de quantités massives de carbone dans l’atmosphère, aggravant ainsi le réchauffement climatique.

« Si l’ensemble des herbiers marins venaient à disparaître, la dégradation du saccharose par des micro-organismes libèrerait plus d’1,54 million de tonnes de dioxyde de carbone supplémentaires dans l’atmosphère », conclut Liebeke.

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