Scandale : les experts européens ont sous-évalué les risques cancérigènes du glyphosate

Une étude indépendante révélée par le quotidien Le Monde montre que le glyphosate serait la cause de nombreux cancers qui n’ont pas été pris en compte par les agences d’expertises européennes. Pesticide le plus utilisé au monde et principal ingrédient de l’herbicide Roundup de Monsanto, il est au coeur d’une polémique depuis plus de deux ans.

 

Une lettre alarmante envoyée à la Commission européenne

Selon Le Monde, le toxicologue et biostatisticien de renommée mondiale, Christopher Portier, a analysé des études confidentielles sur le glyphosate, après sollicitation de plusieurs députés européens. Suite à cette réanalyse, le scientifique américain a envoyé une lettre au président de la Commission européenne, Jean Claude Juncker, afin de lui faire part de ses inquiétudes. Il lui demande de « s’abstenir de prendre toute décision sur le glyphosate » avant que de nouveaux éléments soient inclus dans l’évaluation européenne.

En effet, le 16 mai, après vingt-quatre mois de polémiques, la Commission européenne a proposé une ré-autorisation pour dix ans de la substance. Bien que le Centre International de recherche sur le cancer (CIRC) l’ai classé « cancérogène probable » en mars 2015, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) estiment que celui-ci ne présente pas de danger.

Le glyphosate est le composant principal du célèbre herbicide RoundUp de Monsanto

 

Des risques sous-estimés par les experts européens

Après analyse des données, Christopher Portier a mis en évidence plusieurs cas de cancer dus au glyphosate. Il a passé en revue un quinzaine d’études industrielles menées sur des rongeurs. « A ma connaissance, c’est la première fois que de telles données ont pu être réanalysées de manière indépendante », affirme M. Portier. Le constat est accablant. Le scientifique a découvert huit cas d’augmentation d’incidence significative de différentes tumeurs.

Pourtant, ces constats n’apparaissent dans aucunes évaluations officielles. Ces risques n’ont donc pas été pris en compte par les agences d’expertises européennes. Dans sa lettre, Christopher Portier demande « aux agences impliquées dans l’évaluation du glyphosate de conduire leur propre analyse des localisations cancéreuses mentionnées et d’amender leurs conclusions en conséquence, plutôt que de simplement les ignorer ». Contacté par Le Monde, l’EFSA a assuré qu’elle étudierait « attentivement » les questions soulevé dans la lettre de Christopher Portier, et qu’elle y répondrait « en temps voulu ».

Il fait partie des pesticides les plus utilisés au monde

 

Des agences d’expertises influencées ?

Les agences de sécurité sanitaire d’expertises, comme l’EFSA ou l’ECHA, ont pour habitude de fonder leurs décisions sur des études confidentielles, fournies par les industriels. Outre ces experts, personne n’a accès à ces documents. La polémique sur le glyphosate casse les conventions. En mars 2016, des eurodéputés écologistes ont réclamé la divulgation de ces données et ont finalement eu gain de cause, sous certaines conditions.

Cette réétude des documents résonne avec la divulgation des « Monsanto Papers ». Cette publication de documents internes de la firme du Missouri démontre comment l’entreprise peut influencer les agences d’expertises. Eric Andries et Marc Tarabella, eurodéputés belges, demandent « la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire sur les « Monsanto Papers » afin de déterminer les responsabilités de chacun ». Selon les députés, cette affaire est semblable à une mise en danger de la santé de 500 millions de citoyens européens.

Depuis la révélation des « Monsanto Papers », la firme est remise en cause

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