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Le massif de l’Aigoual était presque chauve en 1850, un demi-siècle de semis y a fait pousser 16 000 hectares de forêt

Au milieu du XIXe siècle, le massif de l’Aigoual ne comptait plus que 2 200 hectares de bois. Les crues dévastaient alors régulièrement les vallées cévenoles. Grâce à un reboisement mené de 1860 à 1914, la forêt domaniale couvre aujourd’hui plus de 16 000 hectares.

Pentes du mont Aigoual couvertes d'une forêt dense de résineux, avec l'observatoire météorologique en pierre au sommet sous un ciel nuageux
Plantée à partir de 1860 pour freiner l’érosion, la forêt de l’Aigoual couvre aujourd’hui plus de 16 000 hectares. Elle est labellisée Forêt d’Exception depuis 2019. – DailyGeekShow.com / Image Illustration

Au XIXe siècle, forges, verreries et 500 000 moutons transhumants ont mis à nu les pentes de l’Aigoual

Pendant plus d’un siècle, le bois du massif a alimenté toute l’économie locale. Ainsi, les forges, les verreries, les fours à charbon de bois et les filatures de soie consommaient d’énormes volumes de troncs. En parallèle, la transhumance amenait chaque été des troupeaux venus des plaines du Languedoc.

Selon l’Office national des forêts, près de 500 000 moutons montaient alors vers les Cévennes, contre environ 20 000 aujourd’hui. Les bêtes broutaient les jeunes pousses et bloquaient toute régénération naturelle. Dès lors, les sols dénudés restaient exposés aux violents épisodes cévenols, comme ailleurs en France avant les grands massifs plantés du XIXe siècle.

La terre arrachée par ces pluies gonflait les torrents de boue et de pierres. Par conséquent, les crues de 1844, 1856, 1861 et 1868 ont durement frappé les vallées, notamment celle de l’Hérault autour de Valleraugue. Ces catastrophes répétées ont convaincu l’État d’intervenir.

Les lois de restauration des terrains en montagne de 1860 et 1882 ont lancé un chantier contesté par les bergers

La réponse est d’abord législative, avec les lois de 1860, 1864 puis 1882 sur la restauration des terrains en montagne. Ensuite, l’administration forestière confie les travaux à des ingénieurs de terrain. Georges Fabre prend en charge le versant gardois dès 1875, alors qu’Émile Deuxdeniers s’occupe du côté lozérien.

Cependant, le projet heurte les éleveurs, qui voient leurs pâturages se réduire. Certains bergers vont jusqu’à incendier les plantations pour récupérer leurs parcours. Face à cette résistance, les forestiers choisissent de préserver les meilleures terres d’élevage afin de maintenir une population en montagne.

Par ailleurs, les reboiseurs ne comptent pas uniquement sur les arbres. Des murets en pierre sèche et des fascines de branchages stabilisent les ravines le temps que les racines s’installent.

Entre 1860 et 1914, 38 tonnes de graines et plus de 50 millions de plants ont recouvert le massif cévenol

D’après l’ONF, les équipes ont semé 38 tonnes de graines et planté plus de 50 millions d’arbres, surtout des résineux comme le pin à crochets. Les documents de l’office divergent toutefois sur le total exact, qui oscille selon les pages entre 58 et 68 millions de plants.

De plus, le reboisement s’accompagne d’un véritable travail scientifique. Sept arboretums sont créés pour tester l’acclimatation d’essences étrangères, dont celui de l’Hort-de-Dieu, toujours ouvert aux visiteurs. Surtout, Georges Fabre fait construire entre 1887 et 1894 l’observatoire météorologique du sommet.

Distinguée par le label Forêt d’Exception en 2019, la forêt de l’Aigoual doit désormais affronter le réchauffement

Aujourd’hui, la forêt domaniale s’étend sur environ 16 000 hectares, dont 70 % dans le Gard et 30 % en Lozère. Elle protège toujours les sols, mais fournit aussi du bois de qualité et accueille des randonneurs toute l’année. Comprise pour l’essentiel dans le Parc national des Cévennes, elle sert également de refuge à une faune et une flore variées.

En 2019, elle a obtenu le label Forêt d’Exception, qui impose de réviser le programme d’actions tous les cinq ans. Désormais, le changement climatique figure au premier rang des préoccupations des gestionnaires, avec des sécheresses plus fréquentes. Dès lors, la forêt plantée pour protéger les vallées doit à son tour être protégée.

Par Gabrielle Andriamanjatoson, le

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