À l’approche de la Journée internationale de lutte pour le droit des femmes, le 8 mars, le Programme des Nations unies pour le développement (rattaché à l’ONU) a révélé son nouvel Indice des normes sociales relatif à l’égalité des sexes. Les résultats de cette analyse sont tout à fait ahurissants : 90 % de la population mondiale, hommes ET femmes, a des préjugés sur les femmes. Ce pourcentage si aberrant explique sans aucun doute pourquoi les femmes sont toujours confrontées à un plafond de verre lors de leur évolution professionnelle, mais également limitées socialement et dans leur mobilité.

LES DONNÉES DÉVOILÉES PAR CET INDICE

Cette analyse, qu’on appelle aussi Indice des normes sociales relatif à l’égalité des sexes, a été réalisée par le Programme des Nations unies pour le développement. L’indice a été calculé à partir des données de 75 pays différents, et qui abritent plus de 80 % de la population mondiale. Il a pour but de se rendre compte de la façon dont les préjugés affectent l’égalité entre les sexes dans différents domaines.

Cet indice a donc révélé des résultats choquants. En effet, à l’échelle mondiale, 91 % des hommes et 86 % des femmes nourriraient au moins un préjugé contre les femmes, qu’il concerne la politique, la violence, les droits reproductifs, l’éducation ou l’économie. Les préjugés les plus communs sont par exemple l’idée que les hommes font de meilleurs politiques (partagée par 50 % de la population), qu’ils font de meilleurs chefs d’entreprise, et que les hommes devraient être avantagés sur le marché du travail lorsque les offres sont rares (idées conçues par 40 % des personnes). Beaucoup de personnes estiment encore qu’aller à l’université est plus important pour un homme que pour une femme. Mais le chiffre le plus choquant reste celui-ci : 28 % des gens dans le monde pensent qu’il est normal qu’un homme batte sa femme.

Les pays où les préjugés sexistes sont les plus prégnants sont le Pakistan (où 99,81 % de la population nourrit des idées sexistes), le Qatar et le Nigeria (99,73 %). Au contraire, c’est en Andorre que l’on trouve le pourcentage de population avec le moins de préjugés sexistes (27,01 %), talonné par la Suède (30,01 %) et les Pays-Bas (39,75 %). La France, elle, n’est pas très bien classée : en effet, 56 % des personnes nourrissent au moins un préjugé sexiste.

— fizkes / Shutterstock.com

DES PROGRÈS MITIGÉS

Ce nombre de 90 % nous parait vraiment choquant, dans la mesure où il s’oppose tout à fait à tous les combats que les femmes mènent pour lutter contre le sexisme au quotidien. Pedro Conceição, chef du Bureau du rapport sur le développement humain du PNUD, estime que de nombreux progrès ont été faits puisque « au cours des dernières décennies, nos avancées visant à garantir que les femmes aient le même accès aux besoins essentiels de la vie que les hommes sont notables. Nous avons atteint la parité dans la scolarisation primaire et réduit la mortalité maternelle de 45 % depuis 1990. » Toutefois, « les inégalités entre les sexes sont encore trop évidentes dans d’autres domaines, en particulier dans ceux qui mettent en jeu des relations de pouvoir et qui ont une incidence importante sur l’égalité entre les hommes et les femmes« .

Comme le disent les défenseuses des droits des femmes depuis plusieurs années, lutter contre les préjugés sexistes serait un bon départ pour améliorer la condition féminine. Cette fois-ci, c’est Achim Steiner, collègue de Pedro Conceição, qui corrobore cette idée, et l’attention qu’on lui porte est beaucoup plus importante : « Les efforts qui ont été si efficaces pour éliminer les disparités en matière de santé ou d’éducation doivent désormais évoluer pour affronter des problèmes bien plus ardus : les préjugés profondément enracinés – tant chez les hommes que chez les femmes – contre une véritable égalité. »

Notons que les inégalités sexistes sont toujours très présentes dans la société. Par exemple, seulement 24 % des sièges parlementaires dans le monde sont occupés par des femmes et il n’y a que dix femmes cheffes de gouvernement sur 193, selon l’enquête. Nous savons également que les femmes sont beaucoup moins bien payées que les hommes et il est beaucoup moins probable qu’elles occupent des postes de direction. En outre, et malgré le fait que les femmes travaillent plus d’heures que les hommes, elles ont plus de chances de ne pas être rémunérées. Dans certains pays, les préjugés sexistes seraient même en progression. Par exemple, en Afrique du Sud, au Brésil et même en Suède, le nombre de personnes ayant au moins un préjugé négatif envers les femmes a augmenté au cours des neuf dernières années, rapporte le Guardian.

DES « BARRIÈRES INVISIBLES » À BRISER AU PLUS TÔT

Il faut désormais inciter les gouvernements et autres institutions « à utiliser une nouvelle approche politique pour faire évoluer ces opinions et ces pratiques discriminatoires« . En effet, ces préjugés constituent de vraies barrières invisibles, obstacles à l’épanouissement des femmes. Ce sont de véritables entraves à leur évolution professionnelle, mais également à leur mobilité et à leur liberté. En les attachant systématiquement à leur foyer, on leur impose une forme d’auto-censure, puisqu’elles vont se sentir moins à leur place à l’université, à l’école ou dans d’autres endroits. En réalité, beaucoup de femmes se construisent autour des préjugés qu’on leur associe, ce qui peut parfois brimer l’expression de leurs vrais désirs. Il faut donc changer ces approches sexistes.

Le PNUD suggère par exemple d’encourager les femmes et les filles à se spécialiser dans des secteurs traditionnellement masculins comme les forces armées ou les domaines scientifiques.

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LECORRE
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LECORRE

1) Il ne faudrait quand même pas oublier quecesont les femmes qui élèvent les enfants, garçons et filles ;
2) Que fait-on pour les secteurs professionnels où les femmes occupent déjà 70 et parfois 80 % des emplois ?

Le rapport du PNUD a manifestement été écrit sous influence. Devinez laquelle….