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Les femmes soudanaises viennent de remporter une grande victoire : elles peuvent enfin s’habiller, faire la fête et danser comme bon leur semble. En effet, le nouveau gouvernement de Khartoum a abrogé une loi sur « l’ordre moral et public » qui restreignait sévèrement les droits et libertés des femmes depuis 1989. Une libération pour les Soudanaises, sept mois après la chute du gouvernement militaro-islamiste d’Omar Al-Bachir.

UNE GRANDE VICTOIRE POUR LES FEMMES SOUDANAISES

« Tard dans la soirée du jeudi 28 novembre, la loi sur l’ordre public, qui était dirigée spécifiquement contre les femmes, a été abolie », explique le site Sudan Tribune. Le Washington Post poursuit en déclarant qu’elle « octroyait aux tout-puissants services de police le pouvoir d’arrêter les gens pour une longue liste d’infractions. Ils pouvaient arrêter les femmes qui dansaient, celles qui portaient des pantalons. » Une loi sur l’ordre public qui condamnait des femmes pour « actes (jugés) indécents et immoraux ». À cause de celle-ci, des milliers de femmes ont subi des actes d’une violence extrême et ont été fortement persécutées. Cette loi était également utilisée comme une arme par le régime.

Voilà maintenant un an que les Soudanaises avaient débuté d’importantes manifestations et luttaient contre le gouvernement d’Omar Al-Bachir. Désormais, « ces femmes obtiennent (donc) leur première victoire », rapporte le Middle East Monitor. « Le gouvernement a tenu ses promesses. C’est une vraie victoire pour nous, pour le mouvement féministe au Soudan et pour les droits des femmes », a également déclaré Tahani Abbas, militante soudanaise des droits des femmes, à l’annonce de cette grande nouvelle.

DES PEINES ATROCES

En vertu de cette loi, les services de police « pouvaient arrêter les femmes qui dansaient, celles qui portaient des pantalons, celles qui faisaient du commerce dans la rue, ou qui fréquentaient des hommes qui n’appartenaient pas à leur famille. Les peines allaient des coups de fouet aux amendes et pouvaient même, dans de rares cas, être la lapidation ou l’exécution », rapporte également le Washington Post. Elles pouvaient également être condamnées à des amendes ou emprisonnées pour « consommation d’alcool ».

Cette loi a été adoptée en 1989 lorsque Omar Al-Bachir est arrivé au pouvoir. Il a mené pendant trente ans un régime militaro-islamiste réduisant considérablement les libertés des Soudanais.

DES MANIFESTATIONS MENÉES PAR LES FEMMES

À son arrivée au pouvoir, Omar Al-Bachir était fortement soutenu par les islamistes. Il a mis en place une version très austère de la loi islamique, la charia, tout en limitant profondément le rôle des femmes dans l’ensemble du pays, et ce pendant trente ans. Il a été destitué le 11 avril 2019 par un coup d’Etat mené par l’armée. Les femmes étaient aux premières loges durant des mois de contestations. Après le renversement d’Omar Al-Bachir, les manifestations visaient désormais les militaires lui ayant succédé.

Au mois de décembre 2018, d’importantes manifestations contre des mesures d’austérité et l’augmentation du prix du pain avaient également éclaté. Des contestations qui avaient permis le renversement d’Omar Al-Bachir. Alaa Salah, vêtue de blanc, était devenue une icône de ce mouvement de protestation mené par les femmes et chantait dans les rues au nom de leurs libertés.

A la fin du mois de novembre 2019, ce sont des centaines de femmes qui sont descendues dans les rues de Khartoum afin de fêter cette victoire et de s’exprimer à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence contre les femmes. Il s’agissait du premier rassemblement réalisé au Soudan depuis plusieurs dizaines d’années.

LE SOUDAN S’INSCRIT DANS UNE « NOUVELLE ÈRE »

« Beaucoup de femmes ont été fouettées et humiliées à cause de cette loi honteuse. Avec cette décision, le Soudan s’oriente maintenant vers une nouvelle vie dans laquelle les femmes peuvent jouir de la dignité. » Avec l’abrogation de cette loi, le Premier ministre, Abdallah Hamdok, semble en effet confirmer « l’avènement d’une nouvelle ère au Soudan ». Dans un tweet, il a également expliqué que cette victoire n’est pas une « revanche, mais (permet) bien de rendre leur dignité aux Soudanais après des années de tyrannie. Cette loi a été utilisée pour exploiter, humilier et violer les droits fondamentaux. Elle a servi à asservir financièrement et psychologiquement les femmes. De nombreuses Soudanaises ont subi des préjudices intolérables. Je leur rends hommage. »

Ainsi, le nouveau gouvernement soudanais a immédiatement promis qu’il défendrait désormais les droits des femmes, victimes pendant beaucoup trop d’années de persécutions, de violences et d’injustices.

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Hervé Clerfeuille
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Hervé Clerfeuille

Faire une loi n’est pas changer les mentalités, il y a encore du chemin à parcourir avant l’égalité homme/femme. Bon courage