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C’est une petite révolution qui s’opère dans l’Église catholique. Pour la première fois, une femme présente sa candidature au poste de primat des Gaules. Par ce geste, Anne Soupa souhaite dépoussiérer une institution qui peine à évoluer.

Un geste symbolique fort

C’est un geste à la symbolique d’une grande force. Anne Soupa, bibliste, écrivaine et journaliste, a présenté sa candidature au poste d’archevêque de Lyon en remplacement du cardinal Barbarin, dont la démission a été acceptée par le pape François, suite aux scandales de pédocriminalité révélés par l’affaire Prenant, du nom de ce prêtre ayant agressé sexuellement des enfants scouts dans les années 1970. Le cardinal Barbarin est accusé d’avoir fermé les yeux sur ces affaires.

Une telle candidature est surprenante à plus d’un titre : tout d’abord, pour être évêque (archevêque étant une « primauté d’honneur » honorifique), il faut être prêtre. Or, l’ordination étant réservée aux hommes, Mme Soupa n’est pas prêtre. Ensuite, les prêtres ne candidatent pas au poste d’évêque, ils sont désignés par le nonce apostolique (l’ambassadeur du Vatican à Paris). Cette candidature a donc très peu, si ce n’est pas du tout, de chance d’aboutir, mais Anne Soupa espère que cela atteindra les oreilles du pape.

Une institution piégée dans l’immobilisme

Anne Soupa dénonce l’immobilité dans laquelle est empêtrée l’Église catholique, à laquelle, selon elle, le pape François n’est pas indifférent. Or, rappelle-t-elle, en 2013, lors de son accession au pontificat suprême, il avait promis de donner aux femmes plus de responsabilités. « Depuis 7 ans, rien n’a bougé », s’insurge-t-elle. En février dernier, il a même refusé à ces dernières la possibilité de devenir diacres, c’est-à-dire d’assister le prêtre.

Anne Soupa, 73 ans, souhaite provoquer une « prise de conscience » face à « l’invisibilité » des femmes au sein de l’Église catholique. Comme le rappelle Radio Notre-Dame, elle est engagée depuis 35 ans dans l’Église mais également dans la lutte pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Titulaire d’une maîtrise en théologie (obtenue à Lyon), elle travaille quelque temps dans le secteur bancaire avant d’entrer au groupe Bayard, où elle explique la religion aux plus jeunes.

C’est en 2008 que son engagement féministe prend réellement forme, avec la création du Comité de la Jupe, qui milite pour une plus grande visibilité des femmes au sein de l’Église. Cette association est née à la suite des propos de l’archevêque de Paris André Vingt-Trois qui, à la radio, avait affirmé que « le plus difficile, c’est d’avoir des femmes qui soient formées. Le tout n’est pas d’avoir une jupe, c’est d’avoir quelque chose dans la tête ». Anne Soupa porte plainte au tribunal ecclésiastique, suite à quoi l’archevêque présente ses excuses. L’association continue d’exister.

“Je ne pense pas que l’on me propose la mitre dans une semaine, mais le symbole de ma candidature peut être très fort parce qu’il dénonce deux vrais problèmes : l’invisibilité des femmes qui prive l’Église catholique d’ouverture d’esprit et de sang neuf, mais aussi le problème de la gouvernance”, explique Mme Soupa au HuffPost. Dans un tweet, elle explique les raisons l’ayant poussée à présenter sa candidature :

On y voit sa volonté d’« une prise de conscience qu’un autre visage de l’Eglise est possible ». À l’AFP, elle souhaite que les femmes « bridées » puissent « candidater partout où elles se sentent appelées ».

La place des femmes au sein de l’Église catholique est un débat récurrent. Depuis le Concile Vatican II dans les années 1960, qui a apporté un vent de modernité pour l’institution, les femmes militent pour une plus juste reconnaissance de leur rôle. Comme le rappelait Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef de La Croix, en 2015, il serait temps, à l’instar des églises protestantes, que l’Église catholique se féminise.

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